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| GRAND ANGLE |
L’IA, grande perdante des élections américaines
“Les data centers dans l’espace sont plutôt attrayants en ce moment”. Après avoir dépensé près de 500 millions de dollars pour soutenir des candidats républicains, Elon Musk ne peut que constater la défaite de son camp… et ses conséquences. Au-delà des résultats nationaux, trois scrutins locaux devraient en effet fragiliser les perspectives de développement des centres de données aux États-Unis. Au Texas, en Géorgie et dans l’Ohio – qui concentrent près de 40% des projets actuellement en développement – les électeurs ont choisi des gouverneurs qui se sont engagés à suspendre ou à encadrer plus strictement la construction de nouveaux sites.
Argument de campagne
Dans plusieurs États, la prolifération effrénée des data centers depuis deux ans était devenue un véritable enjeu électoral. De nombreux candidats en avaient fait un argument de campagne face à des sénateurs ou des gouverneurs sortants qui ont, pour la plupart, accueilli favorablement des projets de plusieurs milliards de dollars, au nom des milliers d’emplois promis – avant, parfois, de faire marche arrière. Mais l’opinion s’est depuis retournée. Près de trois quarts des Américains se disent désormais opposés à la construction d’un centre de données près de chez eux, selon un sondage réalisé en octobre par ABC. Seulement 25% y sont favorables.
Les États-Unis sont au cœur de l’essor de l’intelligence artificielle générative. Le pays compte déjà entre 3.000 et 4.000 data centers. Et plus de 1.000 autres sites sont en développement ou en construction, symbole d’un frénésie visant à répondre à la croissance attendue des besoins en puissance de calcul. Les projets de très grande ampleur, capables d’accueillir des centaines de milliers de cartes graphiques, se multiplient eux aussi. Une évolution qui redessine la géographie de ces infrastructures. Longtemps concentrées dans les zones urbaines, elles s’implantent désormais de plus en plus sur d’anciennes terres agricoles.
La moitié des projets menacés
Si la contestation dépasse les frontières américaines, elle y est plus forte qu’ailleurs. Au-delà des préoccupations environnementales, notamment liées à la consommation d’eau, l’opposition se cristallise également autour de l’impact des data centers sur les prix de l’électricité. Les promoteurs se heurtent ainsi à une inquiétude croissante et à une opposition mieux organisée. Au premier semestre, 120 projets ont été bloqués ou retardés au niveau local, selon Data Center Watch. Mardi, les électeurs d’une quarantaine de villes ont adopté par référendum des mesures visant à limiter, suspendre, voire interdire leur construction.
C’est au Texas, qui représente à lui seul plus du quart des projets, que les répercussions pourraient être les plus importantes. La nouvelle gouverneure a promis d’instaurer un moratoire susceptible d’entraîner, a minima, d’importants retards. Elon Musk pourrait être directement touché: SpaceX, qui s’est transformé ces derniers mois en néocloud, ambitionne d’y déployer des capacités de calcul supplémentaires. En ajoutant l’Ohio et la Géorgie, mais aussi la Pennsylvanie et l’État de New York, où des gouverneurs critiques à l’égard des data centers ont été réélus, plus de la moitié des projets en développement se trouvent désormais menacés.
Un avertissement pour les élus
Certes, les élections de mi-mandat ne se sont pas seulement jouées sur le soutien ou l’opposition à l’implantation de centres de données. Mais les résultats des référendums locaux organisés dans une dizaine d’États témoignent d’un mouvement de fond. Surtout, les conséquences du scrutin se feront probablement sentir à l’échelle nationale. Celui-ci devrait en effet servir d’avertissement aux élus partout dans le pays. En Virginie, par exemple, deuxième État en nombre de projets malgré sa faible superficie, une proposition de loi visant à suspendre la délivrance des permis de construire pendant trois ans doit être examinée en janvier.
Le résultat des élections illustre en effet le rejet de l’IA au sein de l’opinion publique américaine. Un rejet que ni la promesse de créations d’emplois ni la crainte d’être distancés par la Chine n’ont réussi à endiguer. Selon un sondage mené par NBC, l’IA a joué un rôle “crucial ou majeur” dans le choix de 56% des votants. Une proportion équivalente juge cette technologie dangereuse pour la société, d’après ABC. Cette défiance vise également les géants technologiques, qui ont longtemps bénéficié d’une image très positive aux États-Unis, ainsi que leurs dirigeants milliardaires - même si, en Californie, le projet de taxe sur leur patrimoine pourrait avoir été rejeté.
L’IA, bientôt régulée ?
L’incertitude autour des data centers constitue une menace supplémentaire pour le secteur de l’IA, déjà confronté aux craintes d’une bulle. C’est tout son modèle de développement, fondé sur une augmentation effrénée de la puissance de calcul, qui pourrait être remis en cause. Cela pénaliserait les concepteurs de modèles, en particulier Anthropic et OpenAI, qui misent sur une croissance continue de leur chiffre d’affaires, à la fois pour rentabiliser leurs investissements et pour justifier leur valorisation. Les néoclouds pourraient également en pâtir: les contrats qu’ils ont signés, essentiels pour rembourser leur dette, reposent sur leur capacité à accroître leurs capacités de calcul.
En reprenant le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, les démocrates pourraient par ailleurs relancer les efforts de réglementation de l’IA, timidement engagés sous le mandat de Joe Biden. Ils bénéficieraient désormais d’un soutien plus large de l’opinion publique. Ils pourraient également s’appuyer sur les messages d’alerte lancés ces derniers mois par Dario Amodei et Sam Altman. Et ils ne devraient pas non plus rencontrer de difficultés à obtenir les quatre à six voix qui leur manqueraient au Sénat pour éviter un blocage parlementaire. Ils resteraient toutefois à la merci d’un veto de Donald Trump, farouchement opposé à toute régulation.
Pour aller plus loin:
– Cinq graphiques pour comprendre la folle envolée des investissements dans l’IA
– Google prend de l’avance sur SpaceX dans la course aux data centers orbitaux
| LE DÉBRIEF VIDÉO |
Les élections américaines peuvent-elles faire éclater la bulle de l’IA ?
| DANS L’ACTU |
Apple résiste à la flambée des prix des puces mémoire… mais pour combien de temps ?
La crise des puces mémoire n’affecte pas (encore ?) les résultats financiers d’Apple. Au quatrième trimestre de son exercice décalé, clos fin septembre, le groupe à la pomme a enregistré une progression de son chiffre d’affaires et de ses bénéfices, portée en particulier par l’augmentation des prix de l’iPhone et les ventes record de ses ordinateurs Mac. Mais il a également prévenu que la croissance de ses revenus devrait encore ralentir pendant le trimestre en cours, le plus important de l’année, tandis que ses marges devraient continuer de se contracter, sous l’effet de l’envolée du coût de certains composants.
Vers la fin du benchmaxxing dans l’IA ?
Dans le jargon, on appelle cela le benchmaxxing, l’optimisation des modèles d’intelligence artificielle générative pour décrocher de meilleures notes sur les tests censés mesurer leurs performances. Au-delà de quelques cas avérés, l’ampleur du phénomène reste difficile à mesurer. Mais le cabinet Artificial Analysis pourrait bien avoir rebattu les cartes: la cinquième version de son outil d’évaluation, qui fait référence dans le secteur, s’appuie désormais sur une majorité de tests non publics. Un changement qui a déjà entraîné de fortes variations de scores, en particulier pour les modèles chinois à poids ouverts.
L’IA, d’un relais de croissance espéré à une menace pour Reddit
Les dirigeants de Reddit l’assuraient lors de l’introduction en Bourse: l’intelligence artificielle générative allait représenter un formidable relais de croissance. Deux ans et demi plus tard, ils sont désormais contraints de reconnaître qu’elle constitue aussi, voire surtout, une menace pour leur audience et, par ricochet, pour leur chiffre d’affaires. En cause, notamment, son intégration dans les résultats de recherche de Google, qui détourne une partie du trafic. Au point de pousser la plateforme à imposer le changement le plus radical de son histoire: obliger les internautes à créer un compte pour accéder aux discussions.
| TOUT COMPRENDRE |
Tout comprendre à l’auto-amélioration récursive, la prochaine frontière de l’IA générative
C’est une petite phrase dans un document de 350 pages, qui relance le débat sur la prochaine étape de l’intelligence artificielle générative: l’auto-amélioration récursive, c’est-à-dire la capacité d’une IA à se perfectionner par elle-même. Dans la version amendée de son prospectus d’introduction en Bourse, Anthropic estime que ses modèles pourraient atteindre “de manière imminente” le seuil d’une “accélération spectaculaire des progrès imputable à l’IA”. Ils pourraient alors s’améliorer “plus rapidement” que la société n’est capable de “concevoir, de valider et de mettre en œuvre les mesures de sécurité”. Décryptage.
| FRENCH TECH |
Vsora, la start-up française qui veut briser le “mur de la mémoire” de l’IA
“Quand nous disons que nous sommes basés à Paris…” À la tête de Vsora, Khaled Maalej mesure pleinement l’ampleur du défi qui l’attend. D’une part, démontrer que sa puce, dédiée à l’inférence des modèles d’intelligence artificielle générative, peut rivaliser avec celles des géants américains. D’autre part, prouver qu’une entreprise française dispose des compétences et des moyens nécessaires pour s’imposer sur ce marché. Cet ancien de Polytechnique affiche pourtant des “objectifs ambitieux”, convaincu que son approche technologique permettra à ses clients de réaliser des économies “significatives”.
| DANS LE RÉTRO |
Le jour où Pets.com est devenu le symbole de la bulle Internet
Avec sa mascotte emblématique – une marionnette de chien confectionnée à partir d’une chaussette – et ses innombrables campagnes publicitaires, Pets.com était peut-être la “dot-com” la plus connue des États-Unis. Cette start-up spécialisée dans la vente de produits pour animaux de compagnie est depuis devenue le symbole de la bulle Internet: de ses excès, de son optimisme démesuré, de ses modèles économiques intenables et, finalement, de son éclatement. Le 7 novembre 2000, neuf mois à peine après son introduction en Bourse, elle met brutalement la clé sous la porte, disparaissant en seulement 48 heures.
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Crédit photos: Google – Anthropic
