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Bonne lecture et bon week-end
| GRAND ANGLE |
CoreWeave, le premier domino de l’IA qui menace de tomber
En pompier de service, Jensen Huang vole au secours de CoreWeave, dont la situation financière commence sérieusement à inquiéter les marchés. Car cette plateforme de cloud spécialisée dans l’intelligence artificielle générative n’est pas seulement un important client de Nvidia – qui en est aussi actionnaire. Elle menace surtout d’être le premier domino à tomber dans un secteur engagé dans ce qui pourrait bien être une folle fuite en avant, financée par un endettement massif et croissant pour construire les data centers censés absorber l’envolée attendue des besoins, notamment ceux liés aux agents autonomes.
“La solidité de CoreWeave s’améliore chaque jour. Son coût du capital est en réalité en baisse”, a assuré Jensen Huang jeudi, en réponse aux inquiétudes suscitées par le niveau d’endettement très élevé de l’entreprise. Des déclarations qui n’ont toutefois calmé les investisseurs que temporairement. La veille, l’action avait chuté de plus de 15%. Dès le lendemain, elle a repris son plongeon, abandonnant plus de 11%. Elle ne vaut plus que 61 dollars, soit un quart de moins qu’en lundi dernier. Et près de trois fois moins que son sommet atteint en juillet 2025, quatre mois après une introduction en Bourse ratée.
Les marchés redoutent un défaut
L’inquiétude des marchés se reflète également dans la valeur des obligations émises par CoreWeave pour financer ses investissements dans ses infrastructures. Les titres à échéance 2032 ne s’échangent plus qu’à 78 cents pour un dollar de valeur nominale, signe que les investisseurs anticipent un risque important que cette dette ne soit jamais remboursée. Parallèlement, les credit default swaps, des instruments financiers permettant de s’assurer contre le risque de défaut d’un emprunteur, se sont eux aussi fortement renchéris. Leur prix implique désormais une probabilité de défaut supérieure à 60% à cinq ans.
Lancé en 2017 par trois traders en matières premières, CoreWeave se spécialise d’abord dans le minage de cryptomonnaies. Mais le groupe s’est imposé ces dernières années comme l’un des principaux néoclouds, ces nouvelles plateformes entièrement dédiées à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA générative. Profitant de l’incapacité des acteurs historiques à répondre à l’ensemble de la demande, il affiche une croissance spectaculaire. Son chiffre d’affaires devrait avoisiner les 13 milliards de dollars cette année, contre 5,1 milliards l’an passé. En 2022, avant le lancement de ChatGPT, ses revenus ne s’élevaient qu’à 16 millions.
Les dépenses en capital s’envolent…
La hausse de son carnet de commandes est tout aussi fulgurante. Fin septembre, CoreWeave revendiquait près de 130 milliards de dollars d’obligations d’achat, contre seulement 15 milliards début 2025. Historiquement, Microsoft est son premier client, pour fournir des capacités de calcul supplémentaires aux utilisateurs de son cloud Azure. Meta, OpenAI et Anthropic font aussi appel à ses services. CoreWeave a par ailleurs noué un partenariat avec Nvidia, à qui elle achète les cartes graphiques nécessaires à ses data centers. Le géant de Santa Clara s’est engagé à lui acheter les capacités de calcul qui resteraient invendues jusqu’au printemps 2032.
Pour honorer ces contrats, CoreWeave s’est lancé dans une vaste politique d’investissement. Si l’entreprise ne construit pas elle-même ses data centers – qu’elle loue auprès d’opérateurs spécialisés –, elle dépense des dizaines de milliards de dollars pour acquérir des puces d’IA. L’an passé, ses dépenses en capital ont atteint 15 milliards de dollars. Elles devraient encore grimper cette année, allant de 35 à 39 milliards, soit jusqu’à trois fois son chiffre d’affaires attendu. Des investissements qui s’appuient sur une “stratégie de financement sophistiquée”,reposant notamment sur des emprunts garantis par ses cartes graphiques.
… l’endettement aussi
Fin juin, CoreWeave affichait ainsi un endettement de 35,6 milliards de dollars, qui se traduit par des charges financières et des remboursements très élevés: près de 9 milliards de dollars cette année. L’an prochain, ces dépenses devraient approcher les 13 milliards, sans même tenir compte des intérêts liés à de nouveaux emprunts. À ces sommes s’ajoutent les loyers que l’entreprise s’est engagée à verser, pour un montant total de 16,3 milliards. Face aux doutes, ses dirigeants assurent que les contrats déjà signés suffiront à honorer ces obligations financières. Mais un élément alimente le scepticisme: ils ont vendu pour 3,3 milliards de dollars d’actions cette année.
Les péripéties de CoreWeave s’inscrivent dans un climat d’inquiétudes croissantes autour de l’endettement de l’ensemble de la filière. Et pour cause: rien ne garantit que la croissance attendue de l’IA permettra de rentabiliser les investissements et donc de rembourser les dettes, notamment en raison de la dépréciation des GPU. La semaine dernière, Gartner estimait que les revenus cumulés du secteur devraient s’élever à 3.600 milliards de dollars d’ici à 2030, bien loin des 8.500 milliards nécessaires pour couvrir les dépenses engagées et assurer un retour sur investissement. Le cabinet anticipe ainsi que 80% des néoclouds cesseront d’être indépendants d’ici là.
Pour aller plus loin:
– Pour tenir le rythme des investissements, l’IA s’endette à marche forcée
– L’essor fragile des néo-clouds, entre croissance rapide et endettement massif
| LE DÉBRIEF VIDÉO |
| DANS L’ACTU |
Anthropic franchit une étape cruciale avant son entrée en Bourse
Sur le papier, Anthropic reste déficitaire. Et même lourdement, avec une perte nette de 80 milliards de dollars au premier semestre. Dans les faits, la situation financière du concepteur de Claude s’améliore sensiblement: pour la première fois, son chiffre d’affaires a dépassé ses dépenses en capacités de calcul. Une étape cruciale pour démontrer la viabilité de son modèle économique, mais qui ne suffira toutefois pas, à elle seule, à justifier la valorisation de 2.000 milliards de dollars qu’il espère atteindre en rejoignant Wall Street.
Plombé par l’IA, le marché des smartphones accuse une chute historique
Jamais le marché des smartphones n’avait connu une telle dégringolade. Plombées par l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire, les ventes ont chuté de 22% au troisième trimestre, selon les estimations d’IDC. Et le pire reste à venir: le recul devrait s’accentuer au quatrième trimestre, qui comprend la période cruciale des fêtes de fin d’année. Sur l’ensemble de 2026, IDC table désormais sur une contraction historique de 16,7%, qui ramènerait le marché à son plus bas niveau depuis 2013. Le rebond, lui, n’est pas attendu avant 2028.
Grâce au cloud d’IA, le chiffre d’affaires de SpaceX décolle
Reconverti en néocloud, SpaceX affiche une croissance spectaculaire. Au troisième trimestre, son chiffre d’affaires a été multiplié par plus de 2,5, à 14,6 milliards de dollars. Cette envolée permet à la société dirigée par Elon Musk de dégager ses premiers bénéfices. Elle est portée par son infrastructure de calcul dédiée à l’intelligence artificielle générative, dont elle loue désormais l’essentiel des capacités à Anthropic et Google. Cette activité représente déjà plus de la moitié de ses recettes, devant les abonnements à son offre d’Internet par satellite Starlink.
| FRENCH TECH |
Des data centers assemblés en orbite par un robot: le pari fou d’Alatyr face à Google et SpaceX
“Personne ne l’a encore jamais fait”. Emeric Lhomme mesure l’ampleur du défi qu’il s’est lancé avec Alatyr. À la tête de cette start-up française de 11 salariés, cet ancien d’ArianeGroup ne veut pas seulement déployer en orbite des data centers dédiés à l’intelligence artificielle générative, à l’image des projets portés par Google ou encore SpaceX. Il ambitionne d’aller plus loin: assembler dans l’espace, à l’aide d’un robot, plus de 15.000 mètres carrés de panneaux solaires pour alimenter en énergie les GPU chargés d’entraîner ou d’exécuter les modèles d’IA. “Un défi d’ingénierie, mais aussi de financement”, reconnaît-il.
| DANS LE RÉTRO |
Le jour où le château de cartes de Theranos a commencé à s’effondrer
“La nouvelle Steve Jobs”. En septembre 2015, le magazine Inc. consacre sa couverture et un portrait dithyrambique à Elizabeth Holmes. Personne ne le sait encore, mais ce sont les derniers instants de gloire pour la fondatrice de Theranos, devenue alors, à 31 ans, la plus jeune milliardaire non héritière au monde. Le 16 octobre, le château de cartes qu’elle a bâti pendant onze ans commence à s’effondrer, à la suite de la publication d’une enquête dévastatrice du Wall Street Journal. Malgré les dénégations, ces révélations emporteront tout sur leur passage, précipitant la chute de l’entrepreneuse et la conduisant jusqu’en prison.
| TOUT COMPRENDRE |
Tout comprendre aux levées de fonds des start-up
Les levées de fonds ne rythment pas seulement l’histoire d’une start-up. Elles représentent aussi une grande partie de leur existence médiatique. Au-delà des effets d’annonce, il est donc important de comprendre leur mécanisme, du montant levé aux clauses de sortie des investisseurs, en passant par la valorisation et la dilution des fondateurs. Autant de questions, souvent cachées ou présentées sous un jour favorable dans les communiqués de presse, qui engagent l’avenir de l’entreprise. Explications.
| ET AUSSI |
» Netflix se sépare de sa directrice des contenus
» Nvidia pousse Samsung à s’allier à son grand rival TSMC
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Crédit photos: CoreWeave – Alatyr
