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Bonne lecture et bon week-end
| GRAND ANGLE |
Character AI, la start-up zombie de l’IA au bord de la disparition
Depuis deux ans, Character AI n’était plus qu’une start-up zombie, laissée exsangue par ce qui ressemblait à une acquisition déguisée par Google. Mardi, la plateforme de chatbots d’intelligence artificielle générative, autrefois l’une des étoiles montantes du secteur et valorisée à un milliard de dollars, s’est placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Une première étape vers la disparition définitive du service, à moins qu’un acheteur ne se manifeste d’ici à début décembre pour le maintenir en activité – une hypothèse qui semble peu probable. Elle deviendrait alors le premier acteur d’envergure de l’IA à fermer ses portes.
Character AI a été fondée fin 2021 par deux anciens de Google, dont Noam Shazeer, qui faisait partie de l’équipe ayant publié les recherches sur les réseaux de neurones Transformers, à l’origine de l’essor de l’IA générative. Leur idée: permettre aux utilisateurs de dialoguer avec des personnages virtuels créés par la communauté. Le service est lancé à la rentrée 2022. Porté par la vague ChatGPT, apparu quelques semaines plus tard, il rencontre rapidement le succès. Au printemps 2023, il enregistre plus de 200 millions de visites mensuelles pour discuter avec des reproductions virtuelles de Jésus, Elon Musk, Albert Einstein ou encore Mario.
Monétisation limitée
Entre euphorie autour de l’IA générative et CV de ses fondateurs, la start-up attire également les investisseurs. En mars 2023, elle lève 150 millions de dollars, une somme qui doit notamment lui permettre d’accroître ses capacités de calcul pour suivre la hausse des conversations sur sa plateforme, ainsi que de concevoir ses propres modèles. Sa valorisation atteint un milliard, alors même qu’elle ne génère encore aucun chiffre d’affaires. Sa monétisation ne débute deux mois plus tard, promettant un accès prioritaire et des réponses plus rapides pour dix dollars par mois. Ses dirigeants expliquent alors étudier l’intégration de publicités.
Passée la curiosité des débuts, l’audience stagne, puis décline. Et le chiffre d’affaires, lui, ne décolle jamais. À l’été 2025, la start-up attire encore 20 millions d’utilisateurs par mois, selon des données obtenues par The Information. Mais ses revenus annualisés plafonnent à 30 millions de dollars, soit l’équivalent d’environ 250.000 abonnements payants. Dans le même temps, ses dépenses restent élevées, en raison notamment des coûts d’inférence générés par chaque conversation. Symbole de cette stagnation, Character AI ne lève plus de fonds, sur un marché où les investisseurs ne manquent pourtant pas.
Les ingénieurs débauchés par Google
Pour ne rien arranger, la start-up fait face à une série de démêlés judiciaires. Elle a d’abord été poursuivie en Floride par la famille d’un adolescent qui s’est suicidé, une affaire finalement réglée à l’amiable. En début d’année, c’est l’État du Kentucky qui a engagé des poursuites, accusant ses chatbots d’inciter les enfants à “s’automutiler”. Face à ces pressions, la start-up a limité l’accès à son service pour les mineurs, qui constituaient une part importante de son audience. Elle a également supprimé la plupart des chatbots incarnant des personnalités réelles ou des personnages de fiction, notamment après avoir reçu une mise en demeure de Disney.
Si ces différents facteurs ont précipité sa chute, l’avenir de la start-up était compromis depuis août 2024, date à laquelle elle a conclu un accord atypique avec Google. Le géant de la recherche lui a versé 2,7 milliards de dollars, officiellement pour obtenir une licence sur ses technologies. En réalité, cette somme a été redistribuée à ses investisseurs. Et l’opération s’apparente davantage à une “acquihire”, permettant à Google de recruter ses fondateurs et ses meilleurs ingénieurs, en particulier Noam Shazeer, depuis parti chez OpenAI. Dans la foulée, Character AI a nettement revu ses ambitions à la baisse, renonçant notamment à concevoir ses propres modèles.
Pour aller plus loin:
– Comment des start-up prometteuses de l’IA sont devenues des start-up zombies
– Microsoft avale la start-up Inflection AI... sans la racheter
| LE DÉBRIEF VIDÉO |
| DANS L’ACTU |
Netflix face aux doutes grandissants sur l’engagement de ses abonnés
Début octobre, Ted Sarandos reconnaissait ne pas être satisfait des performances de Netflix. Mercredi, la plateforme américaine de streaming vidéo a officialisé une vague de licenciements. Environ 1.000 postes vont être supprimés, soit autour de 6% des effectifs. Dans un mémo interne cosigné avec son binôme Greg Peters, son directeur général promet de “continuer à investir de manière ambitieuse dans les domaines à fort impact” pour relancer la croissance. Une stratégie qui suppose de “faire preuve de rigueur dans l’affectation [des] effectifs et [des] ressources”.
SpaceX franchit de nouvelles étapes pour rivaliser avec les opérateurs mobiles
Les dirigeants des grands opérateurs américains continuent de balayer la menace. Pourtant, celle-ci se précise. La semaine dernière, SpaceX a franchi trois étapes majeures pour étendre Starlink, jusqu’ici dédié à l’internet par satellite, à la téléphonie mobile. D’abord, l’autorisation de déployer 15.000 satellites de nouvelle génération. Ensuite, une dérogation à la réglementation qui l’obligeait à s’associer à un opérateur. Et enfin, l’acquisition d’un portefeuille de licences de fréquences basses aux États-Unis. “La dernière pièce essentielle du puzzle” qui lui manquait pour assurer une couverture mobile complète, assure Elon Musk.
Victimes collatérales de l’IA, les ventes d’ordinateurs replongent
Jusqu’ici, le marché des ordinateurs avait relativement bien résisté à l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire. Mais il a fini par être rattrapé de plein fouet au troisième trimestre, avec des ventes en chute de 20,1%, retombant à leur plus bas niveau pour cette période de l’année depuis 2006, selon les estimations d’IDC. Il s’agit de la troisième plus forte baisse jamais enregistrée, après celles observées fin 2022 et début 2023, lorsque le secteur avait subi un contrecoup après l’envolée des ventes liée à la crise sanitaire. Et la situation pourrait encore se dégrader au cours des prochains trimestres, prévient le cabinet.
| TOUT COMPRENDRE |
Tout comprendre à la distillation des modèles d’IA
En présentant la semaine dernière son nouveau grand modèle de langage (LLM), Pierre Stock, responsable de la recherche scientifique de Mistral AI, a souligné une différence majeure avec ses concurrents: le recours beaucoup plus limité à la distillation lors de la phase d’entraînement. Une manière pour la start-up française spécialisée dans l’intelligence artificielle générative de se démarquer des acteurs chinois, comme DeepSeek, Moonshot ou Z.ai, soupçonnés de recourir massivement à cette technique controversée, dont certains usages soulèvent des questions de légalité. Explications.
| FRENCH TECH |
Pourquoi Scaleway estime pouvoir rivaliser avec les géants américains du cloud
“À mon arrivée chez Iliad, Xavier Niel m’a offert un livre de Reid Hoffman sur l’art du scaling”, se souvient Aude Durand. Six ans plus tard, la directrice générale déléguée de la maison mère de Free n’a rien oublié des leçons du cofondateur de LinkedIn sur les stratégies permettant à une entreprise de changer rapidement d’échelle. Au point, confie-t-elle, d’en “parler sans cesse” ces derniers temps avec Damien Lucas, le patron de Scaleway, la filiale cloud dont elle est la présidente. “Nous touchons enfin à ce moment charnière où notre activité entre dans une phase de croissance explosive”, se félicite-t-elle.
| DANS LE RÉTRO |
Le jour où Google a doublé Yahoo à la dernière minute pour racheter YouTube
L’histoire raconte que le rachat a été bouclé à 3 heures du matin, à la lumière de l’écran d’un BlackBerry, sur le capot d’une voiture garée sur le parking d’une chaîne de restaurants, juste avant un rendez-vous prévu le matin même avec Yahoo, avec lequel les négociations sont déjà bien avancées. Quelques jours plus tard, le 9 octobre 2006, Google officialise l’acquisition de YouTube pour 1,65 milliard de dollars. L’opération est alors, de très loin, la plus importante de l’histoire du moteur de recherche, lancé huit ans plus tôt. Elle se révélera aussi l’une des plus lucratives.
| ET AUSSI |
» Un an après le fiasco de Llama 4, Meta rejoue dans la cour des grands de l’IA
» OpenAI accusé, à son tour, d’avoir gonflé son chiffre d’affaires
» Face à Arm, Qualcomm obtient un dédommagement de… deux dollars
Crédit photos: Character AI – Unsplash / Solen Feyissa
