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Le pari risqué d'Anthropic, les data centers orbitaux de Google, l'heure de vérité pour Quandela

Et aussi: Tout comprendre aux machines d’ASML – Le jour où le patron d’Instagram a claqué la porte

Cafétech
4 min ⋅ 02/10/2026

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| GRAND ANGLE |

Le pari (risqué ?) à 518 milliards de dollars d’Anthropic

Au-delà du chiffre, ce sont les conditions qui interpellent. Dans son prospectus d’introduction en Bourse, partiellement cité par Reuters, Anthropic révèle s’être engagé à dépenser au moins 518 milliards de dollars sur dix ans pour accéder à de la puissance de calcul, auprès de grandes plateformes de cloud ou via des GPU destinés à ses propres data centers. Surtout, environ 80% de cette somme devra être versée même si la demande pour ses modèles d’intelligence artificielle générative ne suit pas. Un risque majeur, que le concepteur de Claude juge néanmoins indispensable pour sécuriser les capacités dont il estime avoir besoin.

Dans le détail, Anthropic versera 111 milliards de dollars à Google au cours des sept prochaines années, et 110 milliards à Amazon d’ici à 2036. La société a également signé avec Microsoft un contrat de 31 milliards sur sept ans. Toujours dans le cloud, elle a conclu un accord de 85 milliards avec SpaceX, qui peut être résilié avec un préavis de 90 jours. Entre 2027 et 2031, Anthropic louera par ailleurs pour 161 milliards de dollars de TPU, les puces de Google fabriquées par Broadcom. Seule une petite partie de cet engagement peut être annulée. Enfin, la société va acquérir pour 20 milliards de dollars de GPU auprès d’AMD.

Plusieurs dizaines de milliards par an

Cette somme est à comparer aux 1.400 milliards de dollars qu’OpenAI disait, fin 2025, vouloir dépenser au cours des huit années suivantes. Mais ce montant relevait davantage d’effets d’annonce que de contrats fermes – un accord annoncé avec Nvidia ne s’est, par exemple, pas concrétisé. Pour Anthropic, ces obligations contractuelles représentent plusieurs dizaines de milliards à payer chaque année, quels que soient ses revenus. La start-up estime ne pas avoir le choix: elle doit s’adapter à l’explosion des besoins, portée par le succès de ses outils de code et l’essor des agents autonomes. Et elle anticipe surtout la persistance d’une forte croissance.

En février, son patron Dario Amodei reconnaissait toutefois le risque d’acheter trop de capacités: “il n’existe aucune couverture financière qui pourrait alors nous empêcher de faire faillite”. Un danger d’autant plus grand que rien ne garantit que la croissance va perdurer. Si le groupe capte toujours la majorité des dépenses des entreprises dans l’IA, il fait face à une intensification de la concurrence, entre le retour en force d’OpenAI et la percée des acteurs chinois. Une pression qui pourrait à la fois rogner ses parts de marché et accélérer une baisse généralisée des prix. En outre, ses appels à un ralentissement de l’IA pourraient contrarier ses impératifs commerciaux.

Risque de faillite limité

Pour autant, le risque de faillite apparaît, pour le moment, très limité. La société affiche toujours une croissance fulgurante de son activité: au deuxième trimestre, son chiffre d’affaires a atteint 11,5 milliards de dollars, soit 2,5 fois plus que sur l’ensemble de l’année précédente. Et cette progression devrait se poursuivre: Anthropic anticipe plus de 8 milliards de revenus mensuels d’ici à la fin de l’année. Par ailleurs, ses marges brutes, longtemps négatives, sont également en nette amélioration, notamment grâce à l’évolution de son modèle de facturation. De quoi lui permettre d’absorber le coût considérable de l’entraînement de ses modèles.

En outre, Anthropic devrait bientôt disposer d’importantes ressources financières pour absorber un éventuel ralentissement de la demande. La société ambitionne de lever plus de 100 milliards de dollars lors de sa prochaine introduction en Bourse. Initialement annoncée pour octobre, l’opération est désormais attendue en novembre. Elle pourra également procéder à des augmentations de capital ou recourir à des émissions obligataires si nécessaire. Enfin, si sa survie venait réellement à être menacée, elle pourra renégocier les termes de ces contrats ou solliciter le soutien de ses partenaires, qui auraient eux aussi beaucoup à perdre en cas de faillite.

De lourdes pertes l’an passé

42 milliards de dollars de pertes en 2025. Le chiffre est astronomique, mais mérite d’être nuancé: il inclut d’importantes charges comptables exceptionnelles liées à des opérations de financement. Anthropic est néanmoins resté massivement dans le rouge l’an dernier, avec une perte opérationnelle de 8,1 milliards, selon des chiffres figurant dans son prospectus d’introduction en Bourse. Sa situation financière se serait toutefois nettement améliorée depuis. D’après le Financial Times, le concepteur de Claude aurait dégagé un bénéfice opérationnel, sur une base ajustée, au cours des deux derniers trimestres.

Dans le détail, Anthropic a réalisé 4,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires l’an passé, soit près de douze fois plus qu’en 2024. Une progression spectaculaire, qui illustre son impressionnante montée en puissance commerciale. Dans le même temps, ses dépenses opérationnelles ont quadruplé, pour atteindre 12,6 milliards. La start-up a notamment consacré 7,3 milliards à ses capacités de calcul, aussi bien pour l’entraînement que pour l’inférence de ses modèles d’intelligence artificielle générative. Autrement dit, pour chaque dollar de revenus généré, elle a dépensé 1,60 dollar dans son infrastructure informatique.


| DANS L’ACTU |

Google prend de l’avance sur SpaceX dans la course aux data centers orbitaux

Moins démonstratif que SpaceX, Google n’en prend pas moins une longueur d’avance dans la course aux data centers orbitaux. Le moteur de recherche a déployé son premier satellite de test, une nouvelle étape dans le développement de son projet Suncatcher. Celui-ci vise à installer en orbite des capacités de calcul dédiées à l’intelligence artificielle générative, en exploitant l’énergie solaire pour s’affranchir des contraintes terrestres de production d’électricité. “Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais nécessitera une ingénierie méthodique”, souligne toutefois Travis Beals, qui supervise le projet.


Instinct, l’agent d’IA qui déchaîne les investisseurs de la Silicon Valley

500 millions de dollars de valorisation début août. 2,5 milliards à la fin du mois. Et désormais 10 milliards. La start-up américaine Instinct n’en finit plus d’affoler les investisseurs… alors même que son produit, un agent personnel d’intelligence artificielle générative, reste accessible uniquement sur invitation à un nombre très limité d’utilisateurs, essentiellement issus du petit monde de la Silicon Valley. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle de Clubhouse, la plateforme de discussions audio, elle aussi très populaire dans ce cercle pendant la crise sanitaire, avant de retomber dans l’anonymat.


Après des ventes décevantes, Microsoft enterre discrètement ses “PC AI”

Ils devaient donner un coup de fouet aux ventes d’ordinateurs. À peine plus de deux ans plus tard, les voilà discrètement enterrés. La semaine dernière, en marge de la présentation des nouveaux modèles de sa gamme Surface, Microsoft a confirmé l’abandon du label PC Copilot+, lancé mi-2024 en plein engouement autour de l’intelligence artificielle générative. Mais ces appareils, présentés comme les premiers conçus pour cette nouvelle ère, n’ont en réalité jamais trouvé leur public, au-delà des promesses marketing. Et ils sont désormais rattrapés par la crise des puces mémoire.


Pourquoi AMD rachète la start-up d’IA World Labs

Moins de trois ans d’existence, peu de revenus, mais déjà rachetée pour 8,2 milliards de dollars. Lundi soir, AMD a annoncé l’acquisition de la start-up américaine World Labs. Sur une promesse: celle de mettre la main sur une “expertise de premier plan en matière de recherche” pour concevoir les prochaines cartes graphiques dédiées à l’intelligence artificielle générative – et ainsi mieux rivaliser avec Nvidia. Mais aussi sur un nom: celui de Fei-Fei Li, l’une des chercheuses les plus réputées du secteur et ancienne responsable de l’IA de Google Cloud, nommée directrice scientifique du groupe de Santa Clara.


| TOUT COMPRENDRE |

Tout comprendre aux indispensables machines de lithographie d’ASML

Fondée en 1984, ASML contrôle environ 90% du marché des machines de lithographie. L’entreprise est surtout la seule à maîtriser la technologie EUV (rayonnement ultraviolet extrême), issue d’un pari qu’elle a été la seule à faire il y a une vingtaine d’années. Or, celle-ci est indispensable pour atteindre des finesses de gravure inférieures à 5 nanomètres. Elle est aujourd’hui utilisée par les principaux fabricants mondiaux pour produire les GPU dédiés à l’intelligence artificielle générative, les processeurs des smartphone ou encore les puces mémoire. Explications


| FRENCH TECH |

Retard, levée de fonds, architecture hybride... l’heure de vérité pour Quandela

Soudain, l’écran de contrôle s’affole. D’innombrables carrés colorés s’allument, s’éteignent, réapparaissent puis disparaissent à nouveau, illustrant le calcul quantique en cours. Installé au rez-de-chaussée du siège de Quandela, à Massy, en région parisienne, Belenos est l’un des premiers ordinateurs quantiques de la start-up. Accessible depuis le cloud, il permet à quelques milliers de chercheurs d’expérimenter les possibilités offertes par cette nouvelle génération de machines. Dans la salle voisine, son aîné Arcturus revient tout juste du Canada. Après une opération de maintenance, il retraversera bientôt l’Atlantique.


| DANS LE RÉTRO |

Le jour où le patron d’Instagram a claqué la porte de Facebook

Sur la photo publiée par Facebook, le sourire crispé de Kevin Systrom contraste avec celui d’Adam Mosseri. Le 1er octobre 2018, le cofondateur d’Instagram officialise son départ de l’application de photos et vidéos, huit ans après l’avoir créée et six ans après l’avoir cédée pour seulement 715 millions de dollars. Il laisse alors les rênes à ce fidèle lieutenant de Mark Zuckerberg. Officiellement, la transition s’est faite en bons termes. Officieusement, elle est l’aboutissement de tensions croissantes, confirmées à demi-mot deux semaines plus tard. Des tensions qui finiront par éclater au grand jour… en 2025.


| ET AUSSI |

» Apple frappé par une condamnation record pour violation de brevets
» OpenAI lance un abonnement à 500 dollars par mois
» Oura repousse son introduction en Bourse

Crédit photos: Anthropic – Planet Labs – ASML

Cafétech

Par Jérôme Marin

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