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| GRAND ANGLE |
Ralentir le développement de l’IA, mission impossible ?
Il y a quand même un sacré paradoxe à voir Sam Altman et Dario Amodei appeler, tour à tour, à ralentir le développement effréné de l’intelligence artificielle générative. Depuis des mois, leurs entreprises respectives, OpenAI et Anthropic, s’affrontent en effet à coups de dizaines de milliards de dollars pour prendre l’ascendant, aussi bien sur la puissance de leurs modèles que sur leur déploiement commercial. Elles s’étaient également lancées dans une course de vitesse pour être les premières à entrer en Bourse, afin de capter l’appétit des investisseurs de Wall Street et de décrocher une valorisation record.
Difficile, d’ailleurs, de dire si leur démarche est véritablement sincère ou si elle relève plutôt d’une opération de communication destinée à ne pas apparaître totalement déconnectés des inquiétudes grandissantes de l’opinion publique – à l’image de l’annonce du report de l’introduction en Bourse d’OpenAI. Ces derniers mois, une série d’événements ont ravivé les inquiétudes de ceux qui tirent la sonnette d’alarme depuis trois ans, mais qui peinaient de plus en plus à se faire entendre: des agents d’OpenAI qui s’allient pour pirater la bibliothèque de modèles Hugging Face, jusqu’à la démission fracassante la semaine dernière d’un chercheur d’Anthropic.
“L’IA pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie”
“Ne sous-estimez pas le pouvoir de cette technologie. Les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie”, avait alors assuré Jacob Coxon, arrivé chez le concepteur de Claude en mai, après trois années passées chez celui de ChatGPT. Un sentiment partagé par Evan Hubinger, le responsable de la sécurité d’Anthropic, qui chiffre ce risque à plus de 10%. Interrogé par CNN, Dario Amodei a estimé que la probabilité pourrait être “bien supérieure” si l’industrie prenait les “mauvais chemins”. L’an passé, il avait évoqué un risque de 25% que les “choses se passent vraiment mal”.
Ces messages ont trouvé un écho sans précédent. Probablement en raison des récentes démonstrations des capacités autonomes des agents d’OpenAI. Samedi, Dario Amodei s’est dit favorable à un ralentissement du rythme des progrès et a proposé que les entreprises d’IA de pointe s’engagent à faire auditer leurs modèles par des évaluateurs indépendants bénéficiant d’un accès étendu à leurs systèmes. Une proposition aussitôt approuvée par Sam Altman. Mais aussi par Elon Musk, qui avait signé début 2023 un appel à instaurer un moratoire de six mois… avant de lancer sa propre start-up d’IA moins d’un mois plus tard.
Une entente possible ?
Cet épisode illustre parfaitement les limites de ces appels. Sans coordination entre tous les acteurs du secteur, aussi bien américains que chinois – et, dans une moindre mesure, européens –, ceux-ci resteront lettre morte. Si Anthropic n’hésite pas à reconnaître les risques posés par l’IA, en publiant notamment des recherches à ce sujet, ses actions ne sont au final pas très différentes de celles de ses rivaux. “Ils ont bien compris les enjeux, mais ils sont enfermés dans une course pour être les premiers”, explique Jacob Coxon, soulignant qu’ils “pensent que personne d’autre n’agira de façon responsable”.
Selon la presse américaine, des dirigeants d’OpenAI, d’Anthropic et de Google ont déjà discuté cet été de la création d’un organisme de supervision indépendant, chargé de faire appliquer des règles de bonne conduite. Mais Meta serait opposé à une telle initiative, ce qui rend déjà son avenir incertain. En admettant que les principaux acteurs américains se mettent d’accord, deux obstacles resteraient à surmonter. D’abord, le risque de poursuites aux États-Unis pour entente illégale entre des entreprises concurrentes. Ensuite, celui de laisser le champ libre à d’autres pays, en particulier à la Chine.
Une coopération internationale illusoire
Une préoccupation déjà exprimée par Dario Amodei – et qui démontre les limites des restrictions américaines sur les exportations de puces, qui devaient justement empêcher une telle situation. Pour concrétiser ce ralentissement de l’IA, une coopération internationale pourrait donc être nécessaire, ou a minima un accord entre les États-Unis et la Chine. Une hypothèse qui paraît pour le moins improbable. Lundi, Donald Trump a dénoncé une “conspiration malsaine”, assurant qu’il représentait le “seul garde-fou dont a besoin l’IA”. En Chine, le ministre des Affaires étrangères a, lui, dénoncé une “rhétorique alarmiste” qui ne sert “l’intérêt de personne”.
De fait, une coopération internationale semble totalement illusoire. Pourtant, en juin 2023, la déclaration commune du premier sommet international sur l’IA, organisé au Royaume-Uni, évoquait déjà des “risques importants” et appelait à des “efforts internationaux”. De bonnes intentions qui ne se sont jamais concrétisées. Depuis, dans un climat de compétition exacerbée, les débats sur la sécurité ne font plus recette auprès des gouvernements, bien trop inquiets de rater la révolution annoncée. L’an passé, lors du sommet de Paris, les risques ont ainsi été relégués à la portion congrue, sous l’impulsion notamment de la France, plus soucieuse d’afficher des milliards d’euros de promesses d’investissements dans le pays.
Pour aller plus loin:
– Rattrapé par Washington, Anthropic désactive son modèle Mythos
– Comment le sommet sur l’IA s’est transformé en opération de promotion de la France
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| DANS L’ACTU |
À huit mois de la présidentielle, la “start-up nation” entre nostalgie et peur du vide
“C’est la merde”. Dans les allés du FD Day, qui se tenait mercredi à Paris, un startupper ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque la prochaine élection présidentielle. À huit mois de l’échéance, il est loin d’être le seul à s’inquiéter. Entre la fin des années dorées de la “start-up nation” et la crainte de voir un extrême accéder au pouvoir, une forme de fébrilité gagne la French Tech. Entre deux passages de prétendants à l’Élysée ou de leurs lieutenants, difficile en effet, cette année, d’échapper aux interrogations sur l’avenir. Et à une certaine nostalgie des jours heureux.
L’Europe encadre, mais n’interdit pas, les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Pas d’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, mais des “mini-comptes” créés par les parents et dotés de fonctionnalités limitées. Mercredi, Ursula von der Leyen a levé le voile sur les premiers détails du Kids Act européen, qui sera officiellement présenté ce jeudi. L’interdiction ne concernera, elle, que les moins de 13 ans. Pour les 15 à 18 ans, les plateformes devront supprimer les interfaces nocives. “Une réponse graduée et différenciée”, justifie la présidente de la Commission européenne.
Avec son nouveau modèle, la start-up d’IA musicale Suno commence à rémunérer les artistes
Entre collaboration et confrontation avec les maisons de disques, Suno poursuit son chemin. La start-up américaine a lancé la semaine dernière la sixième version de son modèle de génération musicale, la première entraînée à partir de catalogues sous licence, notamment dans le cadre d’un partenariat avec Warner Music – l’une des trois majors de l’industrie, qui représente entre autres Dua Lipa, Coldplay et Ed Sheeran.
| TOUT COMPRENDRE |
Pourquoi le prix des puces mémoire s’envole
En juin, Tim Cook avait prévenu: une hausse des prix était “inévitable”. Mercredi, Apple est passé aux actes, en augmentant les prix de ses iPhone, aussi bien les nouveaux modèles que les générations précédentes encore commercialisées. Le groupe à la pomme est loin d’être le seul concerné. Quasiment tous les produits électroniques grand public sont touchés. En cause: l’envolée du prix des puces mémoire, qui a plus que quadruplé en un an sous l’effet de la demande liée à l’intelligence artificielle générative.
| DANS LE RÉTRO |
Le jour où Qwikster est devenu le pire fiasco de l’histoire de Netflix
Jamais officiellement lancé, Qwikster n’en constitue pas moins l’un des plus gros fiascos commerciaux de l’histoire de la Silicon Valley. Un fiasco qui a fait vaciller Netflix… mais qui témoigne aussi de l’intuition de Reed Hastings, son fondateur et alors patron, qui avait anticipé avant tout le monde l’immense potentiel du streaming vidéo, quitte à sacrifier son cœur de métier historique, la location de DVD par courrier. Quinze ans plus tard, l’histoire lui donne raison.
| ET AUSSI |
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Crédit photos: Photo: Flickr / Techcrunch / Web Summit
