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Bonne lecture
| GRAND ANGLE |
Les défis de John Ternus, nouveau directeur général d’Apple
Longtemps, John Ternus a été l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Le voilà désormais à la tête du groupe à la pomme. Ce mardi, il prend officiellement ses fonctions de directeur général, succédant à Tim Cook, aux commandes depuis 2011, qui devient président exécutif du conseil d’administration. Cette passation de pouvoir, annoncée fin avril, intervient à un moment charnière pour l’entreprise, confrontée à son retard dans l’intelligence artificielle générative et à l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire.
L’innovation matérielle au cœur des priorités
John Ternus présente un profil totalement différent de son prédécesseur. Ingénieur de formation, il a gravi tous les échelons au sein des équipes d’ingénierie matérielle. Ancien cadre d’IBM, Tim Cook n’était, lui, pas un profil technique: il était avant tout un opérationnel. Avant de prendre les rênes d’Apple, il occupait ainsi le poste de directeur des opérations. Il avait notamment réorganisé la chaîne logistique en Chine, permettant de produire des dizaines, puis des centaines de millions d’appareils par an.
Arrivé au sein du géant de Cupertino en 2001, John Ternus s’est vu confier la conception de l’iPhone en 2020, puis, l’année suivante, de l’ensemble du portefeuille de la marque. Selon Bloomberg, ses responsabilités ont encore été élargies fin 2025, avec la supervision de l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme le futur patron avant son départ à la retraite l’an dernier.
Depuis, John Ternus s’est imposé comme le favori pour succéder à Tim Cook. Il a notamment été préféré à des personnalités plus médiatiques, comme Craig Federighi, le responsable de l’ingénierie logicielle, et Eddy Cue, le patron des services, ainsi qu’à Sabih Khan, le directeur des opérations, qui incarnait l’alternative la plus sérieuse. Sa nomination s’inscrit dans une certaine continuité, mais elle marque aussi une nouvelle orientation stratégique pour Apple, en plaçant davantage l’innovation matérielle au cœur de ses priorités.
Gérer la RAMpocalypse
Si la société de Cupertino se porte toujours très bien, avec un chiffre d’affaires et des profits records, elle fait face à plusieurs défis de taille. À court terme, John Ternus devra notamment gérer la crise de sous-production qui frappe le marché des puces mémoire, alimentée par la demande liée à l’IA générative. Une situation qui se traduit non seulement par des risques de rupture d’approvisionnement, susceptibles de freiner la production, mais aussi par une hausse des prix, multipliés par plus de quatre en seulement un an.
Pour l’instant, Apple a été relativement épargné grâce aux stocks de mémoire constitués en amont. Mais ce matelas de sécurité va progressivement disparaître ces prochains mois, a prévenu cet été le directeur financier. La société s’attend ainsi à une pression accrue sur ses marges et, par conséquent, sur ses bénéfices. Pour en limiter l’impact, elle a déjà augmenté les prix de plusieurs produits, comme les Mac et iPad. L’iPhone a jusqu’ici été préservé, mais les prochains modèles, qui seront dévoilés le 9 septembre, devraient vraisemblablement être concernés à leur tour.
L’équation est particulièrement délicate. Selon des estimations du cabinet TechInsights citées par le Wall Street Journal, le coût des mémoires DRAM et NAND pourrait passer de 52 dollars à 196 dollars pour la version Pro de l’iPhone. Pour maintenir le même niveau de rentabilité, Apple devrait relever ses tarifs d’environ 270 dollars. Un surcoût qui semble trop élevé pour être entièrement répercuté sur les consommateurs. John Ternus devra donc arbitrer entre le risque d’une baisse des ventes et celui d’une érosion des marges.
Préparer l’après-smartphone
Un deuxième défi d’envergure se dresse devant le nouveau patron d’Apple: l’IA générative. Parti en retard, le groupe tente désormais de combler l’écart avec ses concurrents. L’an passé, il avait dû repousser le lancement du nouveau Siri, présenté en grande pompe en juin 2024. Et début janvier, il a officialisé un partenariat avec Google pour utiliser une version personnalisée de Gemini, le modèle d’IA conçu par le moteur de recherche. Un aveu d’échec, mais aussi une décision pragmatique qui doit permettre de déployer la nouvelle version de Siri cet automne.
Apple n’a pas pour autant renoncé à développer ses propres modèles d’IA. L’objectif est double: éviter de payer des royalties – un milliard de dollars par an versé à Google, selon Bloomberg – et contrôler à la fois le matériel et le logiciel, l’un des piliers de son succès. Le groupe espère également pouvoir traiter la majorité des requêtes de Siri en local, directement sur le processeur de l’iPhone, plutôt que de passer par le cloud. Une approche qui permettrait de limiter les investissements nécessaires pour bâtir une infrastructure capable d’absorber l’explosion attendue des usages.
L’essor de l’IA soulève aussi la question de l’après-smartphone. Une révolution annoncée à de nombreuses reprises qui ne s’est toujours pas concrétisée. Apple travaillerait sur ses premières lunettes connectées, riposte au succès commercial inattendu des Ray-Ban Meta. Dans ce cadre, la refonte de Siri sera déterminante pour doter ces futures montures d’un assistant suffisamment performant. De nouveaux terminaux devraient aussi voir le jour. OpenAI, qui a recruté Jony Ive et de nombreux ingénieurs d’Apple, promet un premier appareil dès cette année.
Pour aller plus loin:
– Flambée des prix et pénurie: bienvenue dans la RAMpocalypse
– Apple augmente ses prix, l’iPhone épargné… pour l’instant
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| EN BREF |
L’entrée en Bourse à la Pyrrhus de Pasqal
À première vue, l’introduction en Bourse de Pasqal constitue un succès retentissant. La semaine dernière, le spécialiste de l’informatique quantique a connu des débuts en fanfare sur le Nasdaq, terminant sa première journée de cotation sur un bond de 92% – le titre a depuis effacé l’intégralité de ses gains, retombant au niveau de son cours de initial. Une telle opération est extrêmement rare pour une start-up française. Elle doit lui permet de bénéficier d’une “assise financière solide” afin “d’accélérer” ses efforts de recherche et développement, ainsi que son déploiement commercial.
Derrière ce tableau flatteur se dessine pourtant une réalité nettement moins reluisante. Non seulement Pasqal n'a pas atteint les objectifs fixés en début d'année, levant moins de 30 millions de dollars en émission d'actions, mais elle a également opté pour une structure de financement particulièrement risquée, reposant sur 250 millions de dollars d’obligations convertibles en actions, susceptibles de se transformer en véritable boulet financier. Celles-ci entraîneront en effet des intérêts considérables, représentant le double du chiffre d’affaires réalisé l’an dernier. Et elles pourraient, à terme, devoir être remboursées intégralement.
Aux États-Unis, le rejet des data centers marque des points
“À la traîne et pauvres”. Face à l’opposition croissante de l’opinion publique américaine, Donald Trump prédit le pire pour les villes qui refusent l’implantation de data centers. Celles qui les accueillent, promet-il, bénéficieront au contraire de moins d’impôts et de davantage d’emplois. À l’approche des élections de mi-mandat, cette ligne est pourtant de moins en moins suivie, y compris dans les rangs républicains. Pour de nombreux responsables politiques locaux, l’heure n’est plus à célébrer l’arrivée de nouveaux projets, mais à imposer des moratoires et à renforcer les restrictions.
Dans de nombreux États, la prolifération effrénée des data centers depuis deux ans est en effet devenue un véritable enjeu électoral. Plusieurs candidats entendent s’en servir pour faire tomber des sénateurs ou des gouverneurs sortants qui ont, pour la plupart, accueilli favorablement des projets de plusieurs milliards de dollars, au nom des milliers d’emplois promis. Mais l’opinion s’est depuis retournée. Deux tiers des Américains se disent désormais opposés à la construction d’un centre de données près de chez eux, selon un sondage de l’Université de Virginie. Moins de 20% y sont favorables.
Google échappe au démantèlement de sa machine publicitaire
Google évite le pire. Condamné l’an passé pour abus de position dominante sur le marché des technologies publicitaires, le moteur de recherche était sous la menace d’un démantèlement d’une partie de son empire. Mais la juge chargée de l’affaire a rejeté les principales demandes du département de la Justice (DOJ), qui réclamait la vente du serveur publicitaire DoubleClick et de la bourse d’enchères en temps réel AdX. Le soulagement pourrait toutefois n’être que de courte durée: Google reste dans le viseur de la Commission européenne, qui le menace ouvertement d’exiger de telles cessions.
La société avait été reconnue coupable de monopole illégal sur le marché des serveurs publicitaires et des plateformes d’enchères. Elle avait en revanche été blanchie dans le domaine des outils d’achat. “Google s’est volontairement engagé dans une série de pratiques anticoncurrentielles pour acquérir et maintenir un pouvoir monopolistique”, soulignait la juge. Cette dernière s’est finalement limitée à ordonner des mesures correctives, dont le contenu ne sera rendu public que dans deux semaines. D’ici là, les deux parties pourront masquer les informations et les chiffres qu’elles souhaitent conserver confidentiels.
GoPro racheté à prix cassé au terme d’une longue descente aux enfers
Début juin, GoPro prévenait qu’il existait des “doutes sérieux” sur sa capacité à survivre. Toujours déficitaire et endetté, le spécialiste des caméras d’action expliquait alors étudier des “alternatives stratégiques”. Mardi, il a finalement été racheté par une obscure holding, qui détient une poignée de marques de coques de téléphone et de claviers d’ordinateur. Et qui promet désormais de commercialiser des transcepteurs optiques, un équipement réseau permettant d'envoyer et de recevoir des données par fibre optique, destinés aux data centers dédiés à l’intelligence artificielle générative.
L’opération se chiffre à 285 millions de dollars, soit plus du double de la capitalisation boursière de GoPro. Une somme qui reste toutefois très éloignée des sommets atteints par l’entreprise: en 2015, un an après son introduction en Bourse, elle était valorisée à 12 milliards. Depuis, elle a connu une longue descente aux enfers, marquée par l’effondrement de ses ventes et une succession de plans sociaux. Son nouveau propriétaire entend s’appuyer sur “son expertise de pointe dans l’optique et son portefeuille de propriété intellectuelle” pour se positionner sur les marchés de l’IA et de la défense.
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Crédit photos: Apple - Pasqal
