Et aussi: les lunettes de réalité augmentée de Snap – Nouveau front contre Apple
Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.
À noter: Cafétech fait une pause la semaine prochaine. Prochain édition: mardi 5 mai
Bonne lecture et bon week-end.
Près de 20 milliards de dollars de pertes opérationnelles l’an passé. Les résultats financiers d’OpenAI – obtenus par l’auteur Ed Zitron, connu pour ses critiques virulentes du modèle économique de l’intelligence artificielle générative, puis confirmés par le Financial Times – sont sans précédent. Et pourtant, le créateur de ChatGPT envisagerait de réduire drastiquement les prix pour les entreprises, dans une stratégie offensive destinée à gagner des parts de marché face à son grand rival Anthropic… au risque de creuser, mécaniquement, encore davantage son déficit.
Les performances financières d’OpenAI sont à double tranchant. D’un côté, la société dirigée par Sam Altman affiche une croissance rapide: en 2025, son chiffre d’affaires s’est élevé à 13,1 milliards de dollars, contre seulement 3,7 milliards un an plus tôt. De l’autre, ses dépenses progressent tout aussi vivement: elles ont atteint 34 milliards, contre 12,5 milliards en 2024. Sur cette somme, 19 milliards ont été consacrés à la recherche et au développement, principalement à l’entraînement de modèles d’IA toujours plus gourmands en calcul, dont 10,6 milliards versés à Microsoft.
Côté positif, OpenAI peut également se satisfaire d’une amélioration de sa marge brute. En 2024, elle plafonnait à seulement 29%. Autrement dit, pour chaque dollar de revenus, l’entreprise dépensait alors 71 cents en inférence, c’est-à-dire le processus de génération de texte, de photo ou de code informatique. L’an passé, cette marge est passée à 43%. Ce niveau reste toutefois très insuffisant pour absorber l’ensemble des autres dépenses de l’entreprise, comme l’entraînement des modèles mais aussi les coûts commerciaux et marketing, qui ont été multipliés par cinq l’an passé.
Conséquence: les pertes opérationnelles de la société ont plus que doublé l’an passé, passant de 8,8 à 20,1 milliards de dollars. La perte nette est encore plus spectaculaire: 38,5 milliards, contre 5 milliards en 2024. Mais une grande partie de ce montant provient d’écritures comptables liées au changement de structure juridique de l’entreprise, entériné fin octobre. Il est par ailleurs probable que ce déficit se creuse nettement cette année, cette fois en raison d’ajustements comptables liés à sa prochaine introduction en Bourse, potentiellement attendue dès le mois de septembre.
Les pertes opérationnelles d’OpenAI sont principalement alimentées par deux segments qui affichent des marges négatives. D’une part, l’audience gratuite: près de 900 millions de personnes qui ne lui rapportent aucun revenu, dans l’attente de la montée en puissance espérée des recettes publicitaires, tout en générant des coûts d’inférence. D’autre part, les utilisateurs intensifs, notamment de son outil de code informatique Codex, dont les usages entraînent des coûts bien supérieurs au montant de leur abonnement mensuel – jusqu’à un éventuel passage à une facturation à l’usage.
Malgré ses pertes abyssales, OpenAI pourrait se montrer encore plus offensif. Selon le Wall Street Journal, le groupe envisage de réduire le prix de ses API, les interfaces de programmation qui permettent d’intégrer des modèles d’IA dans des applications ou des processus métier. L’accès à son dernier modèle GPT-5.5 est aujourd’hui facturé 30 dollars pour un million de tokens – ces unités de données textuelles qui servent à mesurer l’utilisation des modèles. C’est deux fois plus que le prix pratiqué avant son lancement pour le modèle le plus performant de l’époque.
Surtout, GPT-5.5 coûte cinq dollars de plus par million de tokens que la dernière version de Claude d’Anthropic, tout en étant considéré comme moins performant sur certaines tâches, en particulier la génération de code, segment le plus dynamique du secteur. En court-circuitant son rival sur les prix, OpenAI peut espérer accroître ses parts de marché alors que le coût de l’IA devient un sujet de plus en plus central pour les entreprises. Mais cette stratégie pèserait sur la marge brute issue des API, réduisant d’autant sa capacité à amortir l’ensemble de ses dépenses.
Avec l’essor des outils de programmation puis celui attendu des agents autonomes capables de fonctionner en continu, la facture des entreprises utilisant des API s’envole, tout en restant difficilement prévisible. Le niveau de consommation de tokens devient un enjeu stratégique. Et le “tokenmaxxing”, une politique interne visant à encourager l’usage de l’IA, n’est plus à l’ordre du jour. Symbole de cette dérive, Meta a ainsi récemment demandé à ses employés de ne plus “utiliser des outils d’IA simplement pour le principe”. De son côté, Uber vient d’instaurer un plafond de dépenses mensuelles.
Entre hausse des coûts et prise de conscience des entreprises, le risque est double pour les spécialistes de l’IA générative. D’une part, une baisse des usages dans les organisations déjà clientes. D’autre part, un recours accru à des alternatives moins chères, en particulier les modèles open source chinois développés par DeepSeek, Alibaba ou encore Moonshot AI, où le million de tokens ne coûte que quelques dollars. Un tarif sur lequel OpenAI ne pourra jamais s’aligner. Mais en baissant ses prix, la société peut limiter ce phénomène aux tâches les moins complexes.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi OpenAI veut transformer ChatGPT en “super-app”
– Les ambitieux (et irréalistes ?) objectifs d’OpenAI dans la publicité
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Certains y verront une ironie de l’histoire. En première ligne pour réclamer un encadrement plus strict de l’intelligence artificielle générative, Anthropic est devenu le premier acteur du secteur à voir l’un de ses modèles bloqué pour des raisons de sécurité. Vendredi, la start-up a désactivé son modèle Mythos 5 ainsi que sa déclinaison grand public, Fable 5. Cette décision fait suite à une injonction du gouvernement américain interdisant leur utilisation par tout ressortissant étranger, y compris aux États-Unis. Une mesure qui était impossible à mettre en place, indique Anthropic.
Dévoilé en avril, le modèle Mythos avait alors été présenté par Anthropic comme trop dangereux pour être mis à la disposition du grand public. Seul un cercle restreint d’entreprises et d’institutions, essentiellement américaines, y avait donc accès, afin de les aider à détecter des vulnérabilités jusque-là inconnues dans leurs logiciels. La semaine dernière, une version bridée, baptisée Fable 5, avait toutefois été lancée. Elle promettait des performances nettement supérieures à celles de ses concurrents, tout en s’accompagnant d’un changement radical de politique tarifaire.
DeepSeek a pris son temps avant de capitaliser sur le succès de ses modèles d’intelligence artificielle générative. Un an et demi après son irruption sur le devant de la scène, qualifiée aux États-Unis de “moment Spoutnik”1, la start-up chinoise vient de boucler une levée de fonds de 50 milliards de yuans (6,4 milliards d’euros), la toute première de son histoire. Réalisée sur la base d’une valorisation de 50 milliards de dollars, l’opération doit financer ses efforts de recherche à long terme, aurait expliqué son fondateur Liang Wenfeng à de potentiels investisseurs, selon Bloomberg.
Symbole de l’importance stratégique de DeepSeek pour la Chine, ce tour de table n’inclut aucun fonds américain. Il comprend en revanche le Fonds national d’investissement dans l’IA, lancé l’an passé par Pékin pour soutenir les acteurs locaux. Celui-ci va injecter seulement un milliard de yuans mais disposera, contrairement aux autres actionnaires, de droits de vote. L’essentiel de l’enveloppe est apporté par le propriétaire de la société, le fonds d’investissement High Flyer. Le reste provient de grands groupes chinois, dont Tencent, qui détient l’application de messagerie WeChat.
Evan Spiegel voulait à tout prix être le premier à commercialiser de véritables lunettes de réalité augmentée. Mardi, Snap a dévoilé un premier modèle grand public, baptisé Specs, dont le lancement est prévu à l’automne. “Une étape importante pour rendre l’informatique plus humaine, en la faisant sortir des écrans pour l’intégrer au monde réel”, se félicite le patron de la maison mère de Snapchat. Avec un prix prohibitif – 2.295 euros en France –, le potentiel commercial sera très limité. Mais l’objectif est ailleurs: poser les premiers jalons sur un marché jugé prometteur.
Contrairement aux dernières lunettes dotées d’un écran de Meta, les Specs sont capables de superposer des éléments numériques au monde réel. Elles permettent ainsi de regarder des vidéos, consulter des messages ou encore jouer à des jeux vidéo. Cette technologie fait rêver les géants technologiques depuis de nombreuses années, mais elle enchaîne jusqu’à présent les échecs commerciaux. L’appareil marque néanmoins une rupture: c’est la première fois que la réalité augmentée est intégrée à une paire de lunettes plutôt qu’à un casque, sans boîtier externe ni connexion filaire.
Décidément, Apple n’est pas prêt d’en finir avec le Digital Markets Act. Mercredi, le groupe à la pomme a même vu s’ouvrir un nouveau front dans le cadre de cette réglementation européenne visant à renforcer la concurrence dans le numérique. Cette fois, il n’est pas ciblé par la Commission, mais par l’AGCM, le gendarme italien de la concurrence. Une procédure inédite: c’est la première fois, depuis l’entrée en vigueur du texte il y a deux ans, qu’une enquête est lancée par une autorité nationale. Une potentielle sanction ne pourra toutefois être prononcée que par Bruxelles.
La procédure italienne porte sur le marché du stockage de photos et documents dans le cloud depuis un iPhone ou un iPad. Le régulateur cherche à savoir si Apple n’accorde pas un traitement préférentiel à son service iCloud, au détriment de ses rivaux comme Google Drive, Microsoft OneDrive ou Dropbox. Par exemple, ces plateformes ne peuvent pas être utilisées pour réaliser une “sauvegarde complète des données” d’un appareil, note l’AGCM. Une limitation susceptible de constituer un avantage anticoncurrentiel pour iCloud.
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Crédit photos: OpenAI - Anthropic