Divorce entre OpenAI et Microsoft, la volte-face de Netflix, le comeback d'Intel

Et aussi: La face caché des profits de Samsung – La loi sur l'IA et les droits d'auteur déjà enterrée ?

Cafétech
5 min ⋅ 18/05/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Face à Anthropic, OpenAI s’affranchit des clauses d’exclusivité avec Microsoft

Il n’y aura pas de bras de fer judiciaire entre OpenAI et Microsoft. La semaine dernière, les deux partenaires ont officialisé un nouveau pacte “à long terme”, écartant la menace d’un procès intenté par le géant de Redmond. Ce divorce à l’amiable acte notamment la fin de leur relation exclusive, devenue au fil du temps un frein au développement commercial du créateur de ChatGPT, rattrapé, voire supplanté, ces derniers mois par son grand rival Anthropic. Dans la foulée, il a ainsi annoncé un accord avec Amazon pour distribuer ses modèles sur sa plateforme de cloud AWS, leader du marché.

En contrepartie, Microsoft a obtenu la suppression d’une clause, qui permettait à OpenAI de lui couper l’accès à ses technologies quand sera atteinte une intelligence artificielle générale, capable d’apprendre n’importe quelle tâche. Désormais, le groupe conservera sa licence d’utilisation au moins jusqu’en 2032. Autre compromis: les modalités financières. Il percevra toujours 20% des recettes de son partenaire, mais ces versements sont maintenant limités dans le temps – jusqu’en 2030 – et plafonnés. Par ailleurs, il n’aura plus à payer pour proposer les modèles d’OpenAI sur son cloud Azure.

L’électrochoc de Microsoft

C’est la deuxième fois en six mois que les deux entreprises révisent les termes de leur accord scellé en 2019. Une alliance longtemps mutuellement bénéfique. OpenAI y a trouvé les liquidités (15 milliards de dollars en tout) et la puissance de calcul indispensables à l’entraînement de ses grands modèles de langage. Microsoft s’est, lui, assuré une part des revenus, puis des profits potentiels, tout en obtenant la distribution exclusive des API – permettant d’intégrer des modèles d’IA dans des applications – sur Azure. Un avantage commercial d’envergure face à AWS et Google Cloud.

Le tournant intervient en novembre 2023, lorsque le conseil d’administration d’OpenAI renvoie abruptement Sam Altman, lui reprochant de s’être lancé dans une course effrénée vers l’IA générale, en négligeant les risques. Si le patron évincé est rapidement réinstallé à son poste, cet épisode constitue un électrochoc pour Microsoft, qui prend conscience de sa dangereuse dépendance envers la start-up. La société lance alors une nouvelle division dédiée à l’IA. Et elle refuse d’investir davantage dans OpenAI, l’obligeant à trouver de nouvelles sources de financements.

Fin de l’exclusivité pour l’entraînement

Sans trop de difficultés, la start-up parvient à lever près de 50 milliards de dollars, notamment auprès du conglomérat japonais Softbank. Mais elle s’engage aussi auprès de ses nouveaux investisseurs à abandonner son statut à but lucratif plafonné – faute de quoi, elle aurait dû rembourser ces sommes. Cette transformation nécessite l’aval de Microsoft. Les négociations s’éternisent, alimentant les tensions croissantes entre les deux partenaires. Un accord est finalement trouvé fin 2025, permettant notamment à Microsoft de récupérer 27% du capital de la nouvelle entité juridique.

Cet accord prévoit également de premiers assouplissements pour OpenAI, en particulier sur l’entraînement et l’inférence de ses modèles. À l’origine, l’entreprise ne pouvait s’appuyer que sur les serveurs d’Azure, une obligation qui limitait sa capacité à augmenter ses capacités de calcul pour répondre à ses besoins. Cette exclusivité avait été partiellement levée en 2024, mais Microsoft conservait jusqu’alors un droit de veto. Débarrassé de cette contrainte, OpenAI signe dès la semaine suivante un contrat, estimé à 38 milliards de dollars sur sept ans, avec Amazon.

Répliquer à Anthropic

En début d’année, l’entreprise renforce encore ses liens avec le géant du commerce en ligne, qui promet d’investir jusqu’à 50 milliards de dollars, dont 15 milliards immédiatement. En échange, elle prévoit de dépenser 100 milliards supplémentaires sur AWS, ainsi que d’utiliser plusieurs générations de puces Trainium, conçues par Amazon. Le groupe de Seattle obtient aussi la distribution exclusive d’une nouvelle plateforme dédiée au déploiement d’agents d’IA. Une disposition qui fait alors bondir Microsoft, qui l’estime contraire à ses clauses d’exclusivité avec OpenAI.

L’accord annoncé la semaine dernière met fin à ce potentiel conflit judiciaire. Il doit surtout permettre d’ouvrir de nouveaux canaux de distribution – un partenariat avec Google semble désormais probable. OpenAI réplique ainsi au succès d’Anthropic, seul acteur majeur de l’IA présent sur les trois géants du cloud. L’enjeu est d’autant plus important que certains objectifs internes n’ont pas été atteints, rapporte le Wall Street Journal. À tel point que sa directrice financière redouterait de ne pas pouvoir financer les dépenses considérables prévues pour accroître la puissance de calcul.

Pour aller plus loin:
– Portée par une croissance fulgurante, Anthropic détrône OpenAI
– L’incessante (et exponentielle) quête de capitaux d’OpenAI


| EN BREF |

En quête de croissance, Netflix ouvre la voie aux sorties en salles de ses films

Netflix évoque une simple exception. Difficile, pourtant, de ne pas y voir les prémices d’un nouveau virage stratégique majeur. Attendu en février prochain, Le Monde de Narnia: Le Neveu du Magicien fera l’objet d’une sortie en salles à très grande échelle dans de nombreux pays – mais peut-être pas en France en raison des règles sur la chronologie des médias. Une première pour un long métrage financé par la plateforme américaine de streaming vidéo. Autre évolution notable: le film ne sera intégré à son catalogue que 49 jours plus tard, un délai lui aussi inédit.

Le timing de cette annonce n’est peut-être pas anodin. Fin février, Netflix a renoncé au rachat de Warner Bros Discovery, qui détient notamment les mythiques studios éponymes et la prestigieuse chaîne HBO, refusant de s’aligner sur la surenchère de Paramount. Une opération considérée par ses dirigeants comme le prochain relais de croissance face à la saturation du marché. Dans ce contexte, Le Monde de Narnia pourrait constituer un test pour une société historiquement guidée par les données, afin de mesurer à la fois les revenus additionnels et l’impact sur le parc d’abonnés.


Le rebond spectaculaire (mais encore fragile) d’Intel grâce à l’intelligence artificielle

Il y a un an à peine, la survie d’Intel semblait incertaine, certains allant jusqu’à préconiser une vente à la découpe. Le géant américain des processeurs (CPU) enchaîne désormais les records à Wall Street. Depuis le début de l’année, le cours de son action a été multiplié par plus de trois, dépassant largement les sommets de la bulle Internet. Pourtant, sa situation financière demeure fragile: la croissance redémarre tout juste et les marges s’améliorent lentement. Mais les investisseurs parient sur une accélération de la demande, portée par l’essor des agents d’intelligence artificielle.

“Il y a un an, la question était de savoir si nous pouvions survivre. Aujourd’hui, elle est de savoir à quelle vitesse nous pouvons augmenter nos capacités de production”, résume Lip-Bu Tan, le directeur général d’Intel. Arrivé aux commandes début 2025, le dirigeant profite de l’aubaine… sans avoir encore pleinement déployé sa feuille de route technologique. Il a en revanche engagé une rationalisation des coûts, marquée par des réductions d’effectifs et l’abandon de certains projets, tout en faisant entrer plus de 20 milliards de dollars d’argent frais dans les caisses.


Profits record mais pertes dans les smartphones, les deux visages de Samsung face à l’IA

C’est la face cachée des résultats financiers record de Samsung. Pour la première fois de son histoire, la division mobile du conglomérat sud-coréen pourrait basculer dans le rouge cette année, rapporte le quotidien économique Money Today. En cause: l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire, en raison de la forte demande liée à l’intelligence artificielle générative. La même envolée qui fait bondir, dans le même temps, les profits de sa branche semi-conducteurs à des niveaux sans précédent, propulsant sa capitalisation boursière au-delà des 1.000 milliards de dollars.

Ces pertes potentielles seraient surtout symboliques. Leur impact financier resterait négligeable dans la mesure où les puces utilisées dans les smartphones sont “achetées” en interne. Autrement dit, par un effet de vases communicants, le déficit de la branche mobile est récupéré par la division semi-conducteurs. Reste que la situation de Samsung envoie un signal alarmant pour les autres acteurs du secteur, en particulier ceux qui ne vendent pas de modèles haut de gamme. Mais aussi pour Apple, qui a prévenu que le prix de la mémoire avait un “impact croissant” sur son activité.


L’Assemblée nationale enterre (définitivement ?) la proposition de loi sur l’IA et les droits d’auteur

Adoptée début avril à l’unanimité au Sénat, mais déjà enterrée, peut-être définitivement, par l’Assemblée nationale. La mobilisation de l’écosystème tech français a porté ses fruits: la proposition de loi sur le droit d’auteur et l’intelligence artificielle générative, qui prévoit d’instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les concepteurs de modèles, ne sera finalement pas examinée le mois prochain par les députés. Une décision qui ne repousse pas seulement son éventuel examen à une date ultérieure, mais qui semble aussi compromettre son avenir parlementaire.

Ces dernières semaines, un lobbying intensif s’est mis en place pour obtenir l’abandon du projet, présenté à la fois comme un frein à l’innovation, une source d’insécurité juridique et un handicap pour les acteurs français. En première ligne: Arthur Mensch, patron de Mistral AI, Yann LeCun ou encore Laurent Solly, respectivement ancien directeur scientifique de l’IA et ex-responsable pour l’Europe de Meta, qui viennent de lancer la start-up AMI Labs. Ils ont pu compter sur le soutien du député macroniste Paul Midy, toujours en première ligne pour défendre les intérêts de la French Tech.


| ET AUSSI |

>> “Une supercherie shakespearienne”: les dessous du procès opposant Elon Musk à Sam Altman

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Crédit photos: Microsoft - Unsplash / Charles Deluvio

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Par Jérôme Marin

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