Mistral accélère, Perplexity dans l'impasse, les arrangements d'AMD

Et aussi: Nvidia ne faiblit pas – Le "cloud de confiance" de Google et Thales

Cafétech
5 min ⋅ 27/02/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.

DERNIÈRE MINUTE: Netflix renonce à racheter Warner Bros Discovery ! La plateforme de streaming n’a pas souhaité répondre à la surenchère lancée lundi soir par Paramount. “Cette transaction a toujours été un ‘nice to have’ au bon prix, et non un ‘must have’ à n’importe quel prix”, justifient ses dirigeants, qui se consoleront en touchant 2,8 milliards de dollars d’indemnité de rupture la part de WBD.


| GRAND ANGLE |

Avec sa première acquisition, Mistral accélère dans le cloud dédié à l’IA

L’opération est modeste, mais elle témoigne des nouvelles ambitions de Mistral AI: “construire un véritable cloud”. La semaine dernière, le spécialiste français de l’intelligence artificielle générative a franchi une “étape importante” dans cette direction avec le rachat de Koyeb, la toute première acquisition de son histoire. Fondée en 2021, cette start-up parisienne d’une quinzaine de personnes commercialise une plateforme de cloud dite serverless, permettant de déployer des applications, en particulier d’IA, sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente.

Data center en Suède

Mi-février, Mistral avait déjà amorcé ce virage en annonçant un investissement de 1,2 milliard d’euros dans la construction d’un data center en Suède. Équipé des dernières cartes graphiques Rubin de Nvidia, celui-ci doit entrer en service l’an prochain. Sa puissance annoncée de 23 mégawatts permettra à l’entreprise d’augmenter de 50% sa capacité de calcul, en complément du site en construction en région parisienne. Ces infrastructures doivent servir aussi bien à l’entraînement et à l’inférence de ses propres modèles qu’à l’extension de son offre de cloud.

Trois ans après son lancement, Mistral ne se voit plus seulement en alternative européenne à OpenAI, Anthropic ou encore DeepSeek. La société dirigée par Arthur Mensch rêve aussi de s’imposer comme un concurrent d’Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, les trois géants américains du cloud qui captent l’essentiel du marché de l’IA en Europe. Baptisée Compute, sa plateforme a été annoncée en grande pompe juste avant l’été lors du salon Vivatech, aux côtés de Jensen Huang, le patron de Nvidia, alors présenté comme un partenaire stratégique.

La souveraineté comme argument de vente

Pour crédibiliser son ambitieux projet, Mistral insiste beaucoup sur ses liens avec le groupe américain, dont le rôle pourrait, dans les faits, se limiter à la fourniture des indispensables cartes graphiques. La start-up met également en avant une première liste de clients prestigieux comme Orange, BNP Paribas ou le laboratoire Kyutai. Elle souligne enfin l’expérience accumulée en développant ses propres modèles d’IA. “Nous avons passé la majeure partie de notre temps à opérer des GPU et à bâtir une plateforme permettant de créer des applications”, souligne Arthur Mensch.

Mais son meilleur argument de vente reste les débats autour de la souveraineté technologique – déjà centrale dans l’adoption de ses modèles. Les administrations et les entreprises du continent “ont besoin d’une solution européenne”, martèle son patron. De fait, aucun acteur du continent ne rivalise aujourd’hui véritablement avec les plateformes américaines, aussi bien en termes de puissance de calcul que d’offre logicielle. Mistral devra toutefois composer avec la concurrence des “clouds de confiance” S3NS et Bleu, reposant respectivement sur les technologies de Google et de Microsoft.

Quels financements ?

Avec Compute, Mistral lorgne un relais de croissance potentiellement important de son chiffre d’affaires. La start-up revendique 400 millions de dollars de recettes en rythme annualisé. Elle vise le cap du milliard d’ici à la fin de l’année. Sur le papier, le cloud affiche en outre des marges élevées, là où les services d’IA demeurent encore fortement déficitaires. Cependant, la capacité à rentabiliser sur la durée les investissements nécessaires à la construction de data centers doit être démontrée, notamment parce que les GPU deviennent obsolètes de plus en plus rapidement.

Reste une question primordiale: le financement. Mistral vient certes de conclure une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros, notamment auprès d’ASML, leader néerlandais des machines de photolithographie. Mais sa trésorerie actuelle ne suffira pas pour investir 1,2 milliard en Suède et encore plus en France, tout en absorbant ses pertes d’exploitation. Pour mener à bien sa feuille de route, la société dispose de plusieurs options: de nouvelles levées de fonds, un partenariat stratégique avec un grand investisseur, voire une introduction en Bourse.

Pour aller plus loin:
– Avec sa dernière levée de fonds, Mistral AI pulvérise les records de la French Tech
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?


| EN BREF |

À la croisée des chemins, Perplexity AI abandonne la publicité

Fidèle à ses habitudes, Perplexity AI avait voulu être la première société d’intelligence artificielle générative à se lancer dans la publicité. Mais à peine un an et demi après ses premières “expérimentations”, la start-up jette l’éponge, rapporte le Financial Times. Officiellement, ses dirigeants mettent en avant la crainte que l’introduction d’annonces n’érode la confiance des utilisateurs. En coulisses, surtout, l’offensive a vite tourné court, plombée par des errements stratégiques, des tarifs élevés et des retours sur investissement trop incertains pour les annonceurs.

S’il n’est au fond pas si surprenant, ce renoncement intervient au moment même où OpenAI mène ses premiers tests publicitaires sur ChatGPT. Il met surtout en lumière la croisée des chemins à laquelle se trouve l’entreprise américaine, qui promettait à son lancement de “ringardiser” Google. Non seulement ses tentatives pour dégager de nouveaux relais de croissance n’ont pas produit l’impact espéré, mais c’est désormais la pertinence même de sa proposition de valeur qui pourrait être remise en cause, maintenant que l’enthousiasme des débuts est retombé.


Les curieux arrangements d’AMD pour rattraper son retard sur Nvidia

Un GPU acheté, une action offerte. C’est en substance le curieux arrangement imaginé par AMD pour tenter de bousculer la domination de Nvidia sur le marché des cartes graphiques dédiées à l’intelligence artificielle générative. Mardi, le groupe américain a officialisé un partenariat avec Meta, quelques mois après avoir conclu un accord identique avec OpenAI. Celui-ci prévoit que la maison mère de Facebook et Instagram reçoive jusqu’à 10% du capital du fabricant de puces, en contrepartie d’une gigantesque commande dont le montant pourrait dépasser les 100 milliards de dollars.

Ces arrangements inédits constituent le dernier exemple du gigantesque meccano capitalistique à l’œuvre dans le secteur de l’IA, où l’argent transite d’une entreprise à l’autre, avant qu’une partie ne fasse le chemin inverse sous une autre forme. Ils traduisent également les difficultés d’AMD à imposer sa gamme de GPU Instinct comme une alternative crédible aux modèles commercialisés par Nvidia. Il y a tout juste deux semaines, son grand rival n’avait, lui, pas eu besoin de céder une participation significative à Meta pour conclure un partenariat comparable.


La demande pour les GPU de Nvidia ne faiblit pas

Si les craintes de bulle autour de l’intelligence artificielle générative restent fortes, elles ne se reflètent pas dans les comptes de Nvidia. Entre novembre et janvier, le géant des processeurs graphiques a même enregistré une réaccélération de sa croissance. Son chiffre d’affaires a bondi de 73%, pour atteindre 68 milliards de dollars. Et la dynamique ne faiblit pas: pour le trimestre en cours, il anticipe des ventes de 78 milliards, en hausse de 77% sur un an. Autre signal positif, sa marge brute est repartie à la hausse, tandis que ses profits ont quasiment doublé, à 43 milliards.

“La demande en capacité de calcul croît de manière exponentielle”, assure Jensen Huang. Pour le patron de Nvidia, l’essor de l’IA agentique marque un “point d’inflexion”, alors que l’adoption par les entreprises “explose”. Le dirigeant ne craint pas la concurrence: les GPU Blackwell sont les “rois” de l’inférence. Un leadership que la nouvelle architecture Rubin devrait “renforcer”. Ce constat ne donne toutefois qu’une photographie à court terme. Personne ne doutait de la vigueur des ventes, alors que les grands de l’IA continuent d’investir des centaines de milliards de dollars.


Avec son “cloud de confiance”, S3NS promet de concilier souveraineté et performances

“Nous en sommes certains: nous ne sommes pas soumis au Cloud Act”, martèle Hélène Bringer, la présidente de S3NS. Souvent brandie comme un épouvantail, cette réglementation américaine constitue l’un des principaux arguments de vente de cette nouvelle plateforme de cloud computing, lancée l’an passé par Thales en partenariat avec Google. Sa promesse: offrir le “meilleur des deux mondes”. D’un côté, les avancées technologiques du géant de Mountain View, notamment en matière d’intelligence artificielle générative. Et de l’autre, une sécurité renforcée des données.

S3NS cible ainsi les administrations et les entreprises manipulant des données sensibles, qui ont encore peu migré vers le cloud faute de services souverains réellement adaptés à leurs besoins. La société compte déjà entre “60 et 70 clients”, confie son directeur général, Cyprien Falque. Des clients qui sont “prêts” à payer entre 15% et 20% de plus pour accéder “à des services identiques à ceux offerts sur Google Cloud”. Sa plus belle prise à ce stade: EDF, qui prévoit d’y transférer une partie des données aujourd’hui hébergées sur ses propres infrastructures.


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Crédit photos: Vivatech - Perplexity AI

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Par Jérôme Marin

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