Kessel

Le projet fou d'Elon Musk, la défaite historique de Meta et YouTube, la fin de Sora

Et aussi: Arm fait sa révolution – L'Europe dévoile "EU Inc."

Cafétech
4 min ⋅ 27/03/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire ses propres puces dédiées à l’IA

Elon Musk ne parle plus en gigawatts, devenus l’unité de référence pour mesurer la puissance informatique dédiée aux modèles d’intelligence artificielle générative. Le patron de Tesla raisonne désormais en térawatt, soit mille gigawatts. Samedi, il a dévoilé Terafab, un projet d’usine géante devant produire des puces pour ses voitures autonomes, ses robots et les data centers qu’il envisage, à terme, de déployer dans l’espace. Son objectif: atteindre une capacité d’un térawatt par an. Un chiffre hors norme, qui représente cinquante fois la production mondiale actuelle.

“Soit nous construisons la Terafab, soit nous n’avons pas les puces” dont nous avons besoin, justifie Elon Musk. Le milliardaire, coutumier des annonces spectaculaires qui ne se concrétisent pas, ne s’est pas engagé sur une date de mise en service, ni précisé le coût et le financement. Il a simplement indiqué que le site sera construit à Austin, à côté de la Gigafactory de Tesla, où sont assemblées ses voitures électriques et, à terme, ses robots humanoïdes Optimus. Le projet associera le constructeur à SpaceX – et, par extension, à xAI, qui a récemment fusionné avec le groupe spatial.

Projet démesuré…

Sur le papier, la Terafab paraît à la fois démesurée et irréalisable. Démesurée, d’abord, par le rythme de production annoncé. À titre de comparaison, le projet Stargate, présenté début 2025 par OpenAI mais depuis mis en suspens, visait à déployer 10 GW de puissance sur plusieurs années pour accompagner la demande croissante en IA. Une ambition déjà colossale, mais cent fois inférieure à la capacité annuelle que souhaite fabriquer Elon Musk avec son usine. Autre ordre de grandeur: un térawatt correspond quasiment à l’ensemble de l’électricité produite chaque année aux États-Unis.

Le milliardaire souhaite fabriquer deux types de puces. Les premières seront destinées aux voitures de Tesla, notamment le futur robot-taxi Cybercab, et surtout aux robots humanoïdes, pour lesquels il anticipe une demande gigantesque. Il cible d’abord les usines, où l’automatisation constitue un enjeu économique majeur, avant de viser le grand public, imaginant que les robots réaliseront les tâches domestiques. Ses ambitions ne cessent de croître. Après avoir évoqué 100 millions de ventes par an, il estime désormais la demande potentielle à plus d’un milliard d’unités.

La deuxième catégorie de puces, devant représenter l’essentiel de la production, sera dédiée aux futurs data centers spatiaux conçus pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. “C’est le seul moyen de passer à l’échelle”, estime Elon Musk, invoquant les limites terrestres de la production d’électricité. SpaceX a sollicité auprès des autorités américaines l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites en orbite basse. À titre de comparaison, l’entreprise n’a, à ce stade, obtenu le droit de lancer que 27.000 appareils pour Starlink, sa constellation d’accès à Internet haut débit.

… et irréalisable ?

Au-delà de sa démesure, le projet Terafab paraît aussi irréalisable. Si Elon Musk assure vouloir s’appuyer sur les ingénieurs de Tesla et de SpaceX, ces équipes n’ont aucune expérience dans la production de semi-conducteurs. En plus de la conception d’une puce, qui exige des années d’expertise, le défi industriel est colossal. L’entrepreneur a beau expliquer avoir “déjà réalisé l’impossible”, graver des puces en 2 nm est bien plus complexe que de fabriquer des voitures ou des batteries lithium-ion, comme en témoignent les difficultés persistantes rencontrées par Samsung et Intel.

Même en admettant que Tesla et SpaceX parviennent à surmonter cet obstacle, un autre frein majeur subsiste: l’approvisionnement en machines de lithographie. Les composants les plus avancés nécessitent des équipements à rayonnement ultraviolet extrême (EUV), fabriqués exclusivement par ASML. Or, son carnet de commandes est déjà saturé. Et ni l’entreprise néerlandaise ni ses multiples fournisseurs, souvent les seuls capables de produire certains composants de pointe, ne peuvent décupler leurs cadences de production pour répondre aux ambitions colossales d’Elon Musk.

Reste enfin la question du financement. Selon les analystes, la première phase de construction pourrait coûter entre 30 et 45 milliards de dollars, selon le degré d’intégration verticale envisagé. Pour atteindre l’objectif d’un térawatt, la Terafab devra ensuite représenter l’équivalent d’au moins 140 usines de fonderie, évalue le cabinet Bernstein. Coût minimal: 5.000 milliards de dollars, soit 250 fois les dépenses en capital prévues par Tesla cette année – et davantage que la valorisation combinée du constructeur automobile et SpaceX. Une somme probablement hors de portée.

Pour aller plus loin:
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk
– Quand le robot humanoïde d’Elon Musk impressionne… à tort


| EN BREF |

Meta et YouTube reconnus coupables d’avoir rendu leurs plateformes addictives

Une condamnation historique. Mercredi, Meta et YouTube ont été reconnus coupables de négligence pour avoir sciemment conçu leurs produits afin de les rendre addictifs au détriment de la santé mentale de leurs jeunes utilisateurs. La maison mère de Facebook et Instagram a été condamnée à verser 2,1 millions de dollars de dommages et intérêts à la plaignante, une jeune femme aujourd’hui âgée de 20 ans. La filiale de Google devra payer 900.000 dollars. Des dommages “punitifs” supplémentaires restent à déterminer. Les deux entreprises devraient faire appel.

Au‑delà de ces sommes relativement modestes, ce verdict pourrait surtout faire date par la jurisprudence qu’il est susceptible de créer. Il pourrait en effet ouvrir la voie à des condamnations similaires dans les milliers d’autres procédures en cours aux États-Unis, tout en encourageant de nouvelles actions en justice contre les plateformes sociales. Il fragilise par ailleurs la position de ces géants dans la bataille qui s’ouvrira cet été face à plusieurs États américains, résolus à obtenir devant les tribunaux des changements radicaux dans le fonctionnement de leurs applications.


Pourquoi OpenAI abandonne déjà Sora, son application vidéo

De la première place sur l’App Store à la fermeture, à peine cinq mois plus tard. Mardi, OpenAI a dit “au revoir à Sora”, son application mobile lancée en fanfare à l’automne, qui permettait de créer et de partager des vidéos générées par l’intelligence artificielle générative. Cette décision s’inscrit dans un revirement stratégique majeur: le concepteur de ChatGPT abandonne le marché de la vidéo, y compris le segment professionnel. Bousculé par le succès commercial de son rival Anthropic, il souhaite recentrer ses efforts et ressources sur ChatGPT et Codex, son outil de programmation informatique.

Mi-mars, Fidji Simo, sa codirectrice générale, avait esquissé ce virage, actant la fin des “quêtes secondaires” qui ont dispersé l’entreprise. L’arrêt de Sora n’en reste pas moins brutal: la veille encore, OpenAI mettait à jour la politique sur les contenus du service. Ce choix apparaît cohérent sur le segment grand public, coûteux et difficile à monétiser à court terme, tout en exposant l’entreprise à des risques juridiques en matière de droits d’auteur. Il surprend davantage sur la partie professionnelle, alors même que les usages de vidéos générées par l’IA sont appelés à se multiplier.


En lançant sa toute première puce, Arm rompt avec son modèle historique

Pendant 35 ans, Arm Holdings a incarné la “Suisse des semi-conducteurs”. Le groupe britannique, dont l’architecture ARM est utilisée par une multitude de fabricants de processeurs (CPU), tourne aujourd’hui la page de cette neutralité. Mardi, il a dévoilé sa toute première puce maison, un CPU dédié à l’intelligence artificielle générative. Un “moment décisif”, selon son patron Rene Haas, dicté par la quête de nouveaux relais de croissance, mais qui pourrait fragiliser ses relations avec ses clients, devenus pour certains aussi des concurrents directs.

Baptisé AGI CPU, le processeur est destiné à être couplé aux cartes graphiques (GPU) utilisées pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. Le marché est en pleine ébullition, porté par des besoins de puissance informatique en très forte croissance. Le groupe en profite déjà: son architecture gagne du terrain dans les data centers face aux modèles d’Intel et d’AMD, basés sur l’architecture historique x86. En lançant son propre processeur, il espère accélérer cette transition. Meta sera son premier client. OpenAI et le néocloud Cerebras feront partie des suivants.


L’Europe mise sur le statut “EU Inc” pour aider ses start-up à passer à l’échelle

Tout est parti d’une pétition signée il y a un peu plus d’un an par de grands acteurs de la tech européenne. La semaine dernière, Bruxelles a levé le voile sur “EU Inc.”, un nouveau statut juridique supranational qui doit permettre de créer facilement des sociétés pouvant opérer partout sur le continent. “Le marché unique est trop fragmenté pour que nos entreprises puissent prospérer, à tel point que les innovateurs cherchent à se développer ailleurs”, rappelle la commissaire européenne Henna Virkkunen, chargée notamment du numérique.

L’objectif de la Commission est ambitieux: aider les start-up européennes à passer plus rapidement à une échelle mondiale en s’appuyant sur un bassin de 450 millions de consommateurs – plus vaste que le bassin américain – plutôt que de rester cantonnées à leur seul marché national, beaucoup plus restreint. “Il est aujourd’hui plus simple de créer une filiale aux États-Unis que dans un autre pays du continent”, souligne l’eurodéputé Pascal Canfin. Résultat: de nombreuses entreprises choisissent de “scaler” outre-Atlantique, avant de mener une introduction en Bourse à New York.


| ET AUSSI |

>> Sous pression, Apple joue la carte de la séduction en Chine


Crédit photos: Tesla - Unsplash / Berke Citak

Cafétech

Par Jérôme Marin

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