Le scénario catastrophe de l'IA, la volte-face de Nvidia, la stratégie low-cost d'Apple

Et aussi: Levée record pour AMI Labs – Hausses de prix pour les smartphones

Cafétech
5 min ⋅ 20/03/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Scénario catastrophe ou “destruction créatrice”: l’impact de l’IA sur l’emploi reste incertain

La note fictive, aux allures de scénario catastrophe, a fait grand bruit fin février, jusqu’à faire chuter Wall Street. Rédigée par Citrini Research, un petit cabinet américain d’analyse financière, elle dépeint l’économie de juin 2028, frappée par un chômage de masse et un plongeon spectaculaire des marchés financiers à la suite des avancées de l’intelligence artificielle générative. “Il n’a suffi que de deux ans pour passer d’une situation ‘maîtrisée’ et ‘sectorielle’ à une économie qui ne ressemble plus à celle dans laquelle nous avons grandi”, commence ce texte prospectif.

Ironie de l’histoire, la “première vague de licenciements due à l’obsolescence humaine”, mentionnée dans la note comme point de départ de la crise, est peut-être intervenue à peine quatre jours plus tard. Le spécialiste du paiement en magasins Block, anciennement Square, a brutalement réduit ses effectifs de 40%, passant d’un seul coup de 10.000 à 6.000 salariés. “Les outils d’intelligence […] transforment en profondeur la manière de construire et de diriger une entreprise. Et cette transformation s’accélère rapidement”, justifiait alors Jack Dorsey, son fondateur et patron.

“De l’IA washing”

Moins alarmiste que Citrini, Anthropic anticipe également un impact sur le marché du travail. Dans une étude publiée début mars, le concepteur du modèle Claude, très utilisé en entreprise, liste les catégories d’emplois les plus exposées: fonctions administratives, finance, informatique, services juridiques ou encore médias. Des professions plus diplômées et mieux rémunérées que la moyenne. Anthropic n’observe toutefois pas encore de hausse du chômage dans ces secteurs depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Mais les premiers effets se font déjà sentir sur le recrutement des jeunes.

Au-delà de Block, plusieurs entreprises ont mentionné l’IA pour justifier des plans sociaux. Reste que le lien est parfois difficile à établir: la technologie peut servir de prétexte pour réduire des effectifs gonflés durant l’euphorie post-Covid ou faire miroiter des gains de productivité aux investisseurs. “De l’IA washing”, dénonce Sam Altman, le patron d’OpenAI. Illustration avec Amazon: les 14.000 suppressions de postes annoncées à l’automne ne sont pas liées à l’IA, a reconnu après coup son directeur général Andy Jassy, après avoir initialement laissé entendre le contraire.

Des employés seulement “augmentés” ?

À ce stade, il reste bien difficile de prédire quel sera l’impact de la technologie sur l’emploi. Les scénarios les plus pessimistes anticipent non seulement la disparition de nombreux métiers, mais aussi celle de secteurs d’activités entiers, remplacés par des modèles ou des agents. Les plus optimistes estiment au contraire que l’IA ne se substitue pas aux travailleurs, mais qu’elle les “augmente” en les libérant de tâches répétitives à faible valeur ajoutée. Ils rappellent également que les grandes ruptures technologiques ont toujours fait émerger de nouveaux métiers.

C’est le principe de la “destruction créatrice”, théorisé par l’économiste Joseph Schumpeter. Mais la phase de destruction d’emplois pourrait s’avérer particulièrement brutale. Plusieurs exemples ont déjà marqué les esprits, notamment dans le service client. Le spécialiste suédois Klarna a remplacé ses conseillers par des systèmes d’IA, avant d’opérer un retour partiel en arrière. De son côté, Salesforce a réduit de moitié ses équipes. L’essor des agents d’IA, appelés à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise, pourrait constituer la prochaine étape.

Pour aller plus loin:
– Malgré les doutes, les géants de la tech accélèrent encore leurs investissements dans l’IA
– Nouvelle vague de licenciements massifs chez Amazon


| EN BREF |

Nvidia opère un virage stratégique avec sa première puce dédiée à l’inférence

Jensen Huang est habitué à dicter le tempo sur le marché des puces dédiées à l’intelligence artificielle générative. Le patron de Nvidia vient pourtant de s’adapter à une évolution alimentée par ses concurrents. Lundi, en ouverture de la GTC, la grande conférence annuelle organisée par le groupe de Santa Clara, il a dévoilé un accélérateur spécifiquement conçu pour l’inférence, c’est-à-dire la phase d’exécution des modèles d’IA pour générer textes, images ou vidéos. Combiné à la dernière génération de cartes graphiques (GPU) maison, celui-ci permet de “repousser les limites” avance-t-il.

Baptisée Groq 3, cette puce, dont le lancement est prévu au troisième trimestre, est la première issue de l’acquisition déguisée de l’entreprise éponyme, conclue fin décembre pour un montant estimé à 20 milliards de dollars. Elle marque un revirement stratégique de la part de Nvidia, qui proposait jusqu’à présent la même architecture de cartes graphiques pour l’entraînement et l’inférence. Ce choix a laissé le champ libre à de nouveaux acteurs, qui misent sur des composants pensés pour l’exécution des modèles d’IA, promettant des gains de vitesse et une réduction des coûts.


Apple lance un Mac à bas prix pour rivaliser avec les PC sous Windows

Un Mac à 699 euros – voire à 599 euros pour les étudiants ? Le scénario a longtemps semblé improbable. Pourtant, Apple a bien dévoilé la semaine dernière un modèle à bas prix de son ordinateur vedette, commercialisé 500 euros de moins que le précédent appareil le moins cher. À ce tarif, le groupe a dû faire des concessions: un processeur hérité des iPhone sortis en 2024, une mémoire vive limitée ou encore l’absence de clavier rétroéclairé et de lecteur d’empreintes digitales. Pour autant, les premiers tests publiés par les sites spécialisés sont globalement très positifs.

Baptisé Mac Neo, ce nouvel ordinateur ne représente pas seulement un tournant stratégique majeur pour Apple. Il pourrait aussi bousculer le marché en proposant une alternative redoutable aux machines de milieu de gamme équipées de Windows 11. La marque à la pomme cible en effet un public précis: les consommateurs qui se résignaient jusqu’à présent à acheter un PC faute de pouvoir dépenser au moins 1.200 euros pour un Mac. Avec une promesse simple: bénéficier du savoir-faire d’Apple en matière de matériel comme de logiciel, ainsi que d’une intégration poussée à l’écosystème maison.


Levée de fonds records pour AMI Labs, la start-up fondée par Yann LeCun

L’opération s’annonçait historique pour la French Tech. Elle l’a été. Mardi, Advanced Machine Intelligence Labs a officialisé une levée de fonds de 1,03 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de 3,5 milliards, à peine trois mois après son lancement par Yann LeCun, ancien responsable de l’intelligence artificielle de Meta. Ce montant est inédit pour un tour de table en amorçage en Europe – le précédent record français s’élevait à 220 millions. Aux États-Unis, seules les start-up Thinking Machines Lab et Safe Superintelligence, fondées par des anciens d’OpenAI, ont fait mieux.

Sur un secteur déjà très compétitif, AMI suit une voie différente. Plutôt que de miser sur les grands modèles de langage, qui servent de socle aux chatbots comme ChatGPT, Gemini ou Claude, la start-up parie sur les “world models”. Cette nouvelle architecture se veut plus proche du raisonnement humain et de la perception du monde réel. Elle doit être capable de comprendre l’environnement physique à partir d’images ou de vidéos afin d’exécuter des tâches de manière autonome. “La véritable intelligence ne débute pas avec le langage, mais avec le monde réel”, assure l’entreprise.


L’IA entraîne de premières hausses de prix sur le marché des smartphones

Le mouvement reste limité, mais il est désormais enclenché. La semaine dernière, les fabricants chinois de smartphones Vivo, Oppo et OnePlus sont devenus les premiers à officialiser une hausse des prix pour certains modèles déjà commercialisés. Pour l’heure limitée à la Chine, la mesure est justifiée par l’envolée du coût des puces mémoire, portée par la demande liée à l’intelligence artificielle générative. Selon les analystes, le phénomène devrait s’étendre, en particulier sur le segment de l’entrée de gamme, où les marges étaient déjà très réduites.

“L’équation pour des smartphones à moins de 100 dollars ne tient plus”, souligne Nabila Popal, analyste chez IDC. Environ 170 millions d’appareils vendus par an pourraient ainsi disparaître de manière “permanente”. Face à cette situation, le cabinet se montre très pessimiste pour le marché des smartphones. Il anticipe une chute historique de 12,9% des ventes cette année, avec seulement 1,1 milliard d’unités écoulées, le plus bas niveau depuis 2013. En décembre, il ne redoutait qu’un repli limité à 5%. IDC prévoit dans le même temps un bond de 14% du prix de vente moyen.


| ET AUSSI |

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Crédit photos: Image générée par ChatGPT - Nvidia

Cafétech

Par Jérôme Marin

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