Apple résiste, l'IA dans l'espace, l'appétit d'OpenAI

Et aussi: Apple prépare l'après-smartphone – Waymo lève 16 milliards de dollars

Cafétech
5 min ⋅ 06/02/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA

“Une demande sans précédent”. Comme une petite revanche sur les difficultés d’Apple dans l’intelligence artificielle générative, Tim Cook peut savourer. Entre octobre et décembre, l’iPhone a signé le meilleur trimestre commercial de son histoire. Les ventes du smartphone vedette ont progressé de 23%, pour atteindre 85 milliards de dollars. Cette croissance, la plus forte depuis 2021, a notamment été tirée par un regain spectaculaire de la demande en Chine. Elle s’explique aussi par un facteur conjoncturel: le renouvellement des appareils achetés durant la crise sanitaire.

Le triomphalisme de Tim Cook doit cependant être nuancé. Si les performances de l’iPhone ont atteint un niveau record en valeur, ce n’est pas le cas en volume. Selon les estimations du cabinet IDC, davantage d’unités avaient été écoulées au cours des trois derniers mois de 2020 et de 2021. Cet écart s’explique par la forte progression du prix de vente moyen, qui a franchi la barre des 1.000 dollars sous l’effet de l’ultrapremiumisation de l’offre. Aux États-Unis, les modèles Pro et Pro Max, commercialisés entre 1.100 et 2.000 dollars, représentent désormais plus de la moitié des ventes.

L’IA, pas encore un argument de vente

Reste que les chiffres publiés par Apple montrent que les ventes d’iPhone ne sont pas affectées par les multiples soubresauts autour du nouveau Siri. Présentée en grande pompe en juin 2024, cette version devait faire entrer l’historique assistant vocal dans l’ère de l’IA générative. Elle n’a toujours pas été lancée, la société n’ayant pas réussi à développer ses propres modèles pour alimenter les fonctionnalités avancées promises. Le mois dernier, Apple a annoncé un partenariat avec Google afin d’utiliser son modèle Gemini. Le nouveau Siri est désormais attendu pour le printemps.

Si l’IA est au cœur du discours marketing de certaines marques, en particulier Samsung et Google, elle ne constitue pas encore un argument de vente majeur. À elles seules, ces nouvelles fonctionnalités, parfois gadgets, ne suffisent pas à convaincre l’immense majorité des consommateurs d’acheter un smartphone récent. Et encore moins de quitter l’écosystème fermé d’Apple. D’autant que les usages, en attendant des intégrations plus poussées au niveau des systèmes d’exploitation, restent concentrés sur quelques applications disponibles sur toutes les plateformes.

Nouveau design

En réalité, le marché des smartphones demeure guidé par des facteurs plus prosaïques. Pour les derniers iPhone, l’intérêt s’explique notamment par un nouveau design, après plusieurs générations de modèles très similaires. Cette nouveauté a précipité un “super-cycle” de remplacement, incitant davantage de consommateurs à renouveler leur appareil. Le phénomène a été accentué par le fait que plusieurs centaines de millions de personnes utilisent encore des smartphones sortis en 2020 ou 2021, lorsque la crise sanitaire et l’essor de la 5G avaient provoqué un bond des ventes.

Cet effet pourrait encore se prolonger. Mais une menace se profile: la forte hausse des prix des puces mémoire, conséquence d’une demande exponentielle liée à l’IA. Selon le cabinet TechInsights, cette flambée pourrait se traduire par un surcoût de 57 dollars pour la version de base des prochains iPhone – une facture qui grimperait davantage pour les modèles haut de gamme. Interrogé sur un éventuel impact sur le prix de vente, Tim Cook préfère ne pas “spéculer”. L’hypothèse n’est pas à écarter, même si Apple pourrait absorber une partie de cette hausse en réduisant ses marges.

Un handicap pour l’après-smartphone ?

En attendant l’arrivée de fonctionnalités d’IA marquantes, Apple mise également sur de nouveaux formats pour dynamiser ses ventes. Sa première tentative s’est toutefois révélée un échec: lancés à l’automne, ses modèles ultra-fins n’ont pas encore trouvé leur public. Cette année, la nouvelle gamme d’iPhone devrait inclure son premier smartphone pliable, sept ans après les débuts de Samsung sur ce segment. Si les ventes restent modestes, ces appareils présentent des marges plus élevées. Et plusieurs observateurs estiment que le groupe à la pomme pourrait faire décoller ce marché.

S’ils ne sont pas encore handicapants, les retards dans l’IA pourraient toutefois finir par rattraper Apple. À moyen terme, ils risquent de peser sur les ventes d’iPhone si ses rivaux parviennent, eux, à proposer une expérience véritablement intégrée au système d’exploitation. À plus long terme, la firme de Cupertino pourrait surtout manquer l’après-smartphone. L’essor de l’IA devrait faire émerger de nouvelles plateformes dominantes. Dans cette révolution annoncée, la maîtrise conjointe du matériel et du logiciel sera déterminante – comme elle l’a été pour Apple avec les smartphones.

Pour aller plus loin:
– Apple prépare déjà la succession de Tim Cook
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées


| EN BREF |

Après sa fusion avec xAI, SpaceX va déployer des data centers dans l’espace

Sur le papier, SpaceX et xAI semblent n’avoir rien en commun. Pourtant, les deux entreprises d’Elon Musk vont fusionner. D’un côté, des lanceurs et la constellation de satellites Starlink, qui offre un accès Internet haut débit depuis l’espace. De l’autre, des modèles d’intelligence artificielle générative et X, l’ex-Twitter. Objectif de cette opération inattendue: “former le moteur d’innovation verticalement intégré le plus ambitieux sur Terre et au-delà”,explique le milliardaire. Un rapprochement avec Tesla, un temps évoqué, n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour.

Selon Bloomberg, la nouvelle entité sera valorisée à 1.250 milliards de dollars, soit davantage que la somme des valorisations actuelles de SpaceX (800 milliards) et xAI (230 milliards). Cette fusion ne devrait représenter qu’une première étape. Elon Musk souhaite ensuite mener la plus importante introduction en Bourse de l’histoire, potentiellement dès juin, avec pour objectif une capitalisation boursière de 1.500 milliards. Une opération qui pourrait lui permettre de lever jusqu’à 50 milliards, destinés à financer ses ambitions dans l’intelligence artificielle.


OpenAI veut lever 100 milliards de dollars... avant une introduction en Bourse ?

100 milliards de dollars de perdus… 100 milliards de retrouvés. Selon la presse américaine, OpenAI est sur le point de finaliser une levée de fonds historique. Sur le papier, cette opération viendrait remplacer un investissement du même montant initialement prévu par Nvidia. Annoncé en grande pompe en septembre, avant même d’être officiellement conclu, celui-ci ne se concrétisera finalement pas. Jensen Huang, le patron du géant des cartes graphiques, l’a confirmé samedi, précisant néanmoins que sa société participera au nouveau tour de table mené par le concepteur de ChatGPT.

Cette valse des financements illustre une quête incessante de capitaux. Depuis 2019, le pionnier de l’intelligence artificielle générative a déjà levé près de 60 milliards de dollars, dont plus de 40 milliards l’an dernier, principalement auprès du conglomérat japonais SoftBank. Mais ces montants restent insuffisants au regard de l’ambitieuse feuille de route portée par son patron, Sam Altman. OpenAI prévoit en effet de dépenser jusqu’à 1.400 milliards de dollars en puissance de calcul au cours des huit prochaines années, tout en continuant d’accuser de lourdes pertes.


En rachetant la start-up Q.ai, Apple prépare l’après-smartphone

Dans la quête de l’après-smartphone, Apple met la main sur Q.ai, une mystérieuse start-up israélienne. Selon une demande de brevet déposée l’an dernier, celle-ci travaille sur une technologie utilisant les “micromouvements de la peau du visage” pour identifier des mots prononcés silencieusement. Ce système, qui serait également capable de détecter les émotions et de mesurer le rythme cardiaque, pourrait ainsi permettre à un utilisateur de donner des instructions à ses écouteurs ou ses lunettes connectées sans avoir à parler – l’une des limites actuelles de ces produits.

Selon le Financial Times, Apple aurait déboursé près de deux milliards de dollars. Il s’agirait ainsi de la deuxième plus importante acquisition de son histoire, derrière les trois milliards de dollars dépensés en 2014 pour racheter le fabricant de casques audio Beats. Ce montant s’explique autant par la technologie développée que par le CV de son fondateur. Celui-ci avait déjà cédé une précédente start-up, PrimeSense, au groupe de Cupertino en 2013 pour 345 millions de dollars, une acquisition qui avait débouché sur le système de reconnaissance faciale Face ID.


Waymo lève 16 milliards pour accélérer le déploiement de ses robots-taxis

“Plus de villes, plus de passagers”. En pole position sur le déploiement des voitures autonomes, Waymo entend passer à la vitesse supérieure. Lundi, la filiale de Google a annoncé une gigantesque levée de fonds, d’un montant record de 16 milliards de dollars. Objectif: accélérer le déploiement de son service de robots-taxis en s’implantant dans plus de vingt nouvelles villes cette année, notamment à Londres et à Tokyo – ses premières incursions hors des États-Unis. “Notre priorité est désormais de passer à l’échelle internationale”, explique-t-elle.

Il s’agit du quatrième tour de table mené par Waymo au cours des six dernières années. Née en 2009 au sein du laboratoire de moonshots Google X avant de devenir indépendante en 2016, la société avait déjà levé près de 12 milliards de dollars. Comme lors des précédentes opérations, Google reste le principal contributeur: selon Bloomberg, le moteur de recherche aurait injecté à lui seul 13 milliards. Le reste provient de grands fonds d’investissement, permettant à la maison mère de Waymo de partager les coûts et les risques liés au développement des voitures autonomes.


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Crédit photos: Apple - SpaceX

Cafétech

Par Jérôme Marin

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