ChatGPT casse les prix, les États-Unis menacent l’Europe, Nvidia avale Groq

Et aussi: Meta rachète Manus – La levée de fonds atypique de xAI

Cafétech
5 min ⋅ 09/01/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Pourquoi ChatGPT lance une offre à prix réduit en Europe

L’offre semblait réservée aux marchés émergents. La voilà désormais disponible en Europe. Fin décembre, OpenAI a déployé en toute discrétion son abonnement payant à prix réduit pour ChatGPT dans presque tous les pays du continent. Baptisé Go, celui-ci coûte huit euros par mois, soit trois fois moins que la formule Plus, vendue 23 euros. Objectif du géant de l’intelligence artificielle générative: accroître sa monétisation en convertissant une part plus importante de sa gigantesque base d’utilisateurs gratuits en abonnés payants.

Limites d’utilisation plus élevées

Initialement testé en Inde, puis lancé dans plusieurs pays asiatiques, l’abonnement est maintenant accessible dans plus de 150 pays. Il n’est en revanche pas proposé sur les principaux marchés anglo-saxons, à commencer par les États-Unis. Par rapport à l’offre gratuite, il propose des limites d’utilisation plus élevées de GPT‑5, la dernière version du grand modèle de langage qui alimente le chatbot. Il permet aussi de générer davantage d’images, d’utiliser des GPT personnalisés et de bénéficier d’une mémoire étendue des conversations, évitant ainsi de repartir de zéro à chaque session.

Certaines fonctionnalités restent réservées à l'offre Plus, comme la création de courtes vidéos avec le modèle Sora ou la conception de GPT personnalisés. C'est également le cas du mode "agent", qui permet à ChatGPT d’exécuter des tâches de manière autonome. Cet abonnement se distingue également par des limites d’utilisation plus généreuses et des capacités de raisonnement étendues. Enfin, il donne accès à des outils destinés aux développeurs, qui permettent de générer ou de corriger du code, ainsi que de concevoir des applications.

Faible taux de conversion

Avec Go, OpenAI espère proposer une alternative payante aux utilisateurs gratuits dont l’usage ne justifie pas de dépenser 23 euros par mois. Sur le papier, le potentiel est immense: seulement 5% des 800 millions d’adeptes de ChatGPT ont souscrit à un abonnement. Mais ce taux de conversion relativement faible ne s’explique pas uniquement par un prix jusqu’ici élevé. Il tient aussi au fait que l’immense majorité des utilisateurs se contente de la version gratuite, qui ne cesse de s’améliorer sous l’effet de la concurrence, notamment celle de Gemini, le chatbot de Google.

L’enjeu est double pour OpenAI. D’une part, les utilisateurs gratuits ne génèrent aucun chiffre d’affaires, en l’absence d’autre levier de monétisation comme la publicité – dont l’arrivée, annoncée comme imminente, vient d’être reportée afin de concentrer les efforts sur l’amélioration de ChatGPT, mis à mal par le lancement mi-novembre de la troisième version de Gemini. D’autre part, ils occasionnent d’importants coûts d’inférence, liés au processus de génération de texte. Autrement dit, plus le chatbot est populaire auprès du grand public, plus il creuse les pertes d’OpenAI.

Risque de cannibalisation ?

Pendant longtemps, Sam Altman a revendiqué ce modèle. “Les plus riches paient pour offrir un accès gratuit aux plus pauvres”, résumait le patron de l’entreprise. Mais celui-ci apparaît désormais difficilement tenable, tant les pertes atteignent des niveaux record: près de 20 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’an dernier. En parallèle, OpenAI s’est engagé dans des plans d’investissement massifs pour accroître sa puissance de calcul, ce qui nécessite d’augmenter considérablement ses recettes. Plusieurs pistes de monétisation de l’audience gratuite sont ainsi à l’étude.

La nouvelle stratégie d’OpenAI a depuis été reprise par Google. En septembre, le moteur de recherche a également lancé un abonnement à bas prix, appelé AI Plus. D’abord testé en Asie, il est désormais disponible dans 130 pays, dont la France, où il est lui aussi commercialisé à huit euros par mois. Cette stratégie présente toutefois un risque non négligeable de cannibalisation: une partie des clients des offres les plus onéreuses pourraient opter pour ces nouvelles formules, se contentant de fonctionnalités moins poussées tout en divisant leur facture mensuelle par trois.

Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– OpenAI affiche des pertes record de 12 milliards de dollars en trois mois


| EN BREF |

Régulation du numérique: les États-Unis menacent l’Europe de représailles

Des menaces aux premières représailles concrètes. Vent debout contre les réglementations européennes du numérique, Washington a franchi un cap fin décembre, en ciblant notamment l’ancien commissaire européen Thierry Breton, désormais interdit de séjour aux États-Unis. Mais Teresa Ribera le promet: Bruxelles ne cédera aux pressions américaines. “Nous n’allons pas revenir sur notre réglementation simplement parce qu’elle ne [leur] plaît pas”, assure au Financial Times la vice-présidente de la Commission européenne, chargée notamment des questions de concurrence.

En condamnant Google puis X, ex-Twitter, Bruxelles a démontré ces derniers mois qu’elle n’avait aucune intention de reculer. Mais l’année 2026 s’annonce encore plus explosive que la précédente. Trois ans après l’entrée en vigueur du Digital Services Act et deux ans après celle du Digital Markets Act, l’heure n’est plus aux discussions avec les entreprises concernées pour tenter de trouver à l’amiable une solution de mise en conformité. Elle est désormais aux sanctions: des amendes pouvant se chiffrer en milliards d’euros, et potentiellement des pénalités journalières.


En s’emparant de Groq, Nvidia accélère dans les puces dédiées à l’inférence

C’est un subterfuge popularisé l’an passé par Microsoft dans lequel Nvidia s’est engouffré à son tour. Fin décembre, le géant américain des cartes graphiques a officialisé un “accord de licence non exclusif” avec Groq, une start-up américaine spécialisée dans les puces dédiées à l’inférence des modèles d’intelligence artificielle générative. Derrière cette formulation se cache en réalité une acquisition déguisée, destinée à mettre la main sur des technologies et des équipes d’ingénieurs, tout en contournant un possible veto des autorités de la concurrence.

Ainsi structuré, l’accord ne nécessite en effet pas de feu vert préalable. Il n’est toutefois pas exclu que certains régulateurs antitrust se penchent sur le dossier. L’an passé, la FTC américaine, la Commission européenne et la CMA britannique avaient étudié le partenariat entre Microsoft et Inflection. Si la première n’a pas encore rendu son verdict, ses deux consœurs ont finalement estimé que tout était en règle. Le montant et les enjeux semblent néanmoins plus importants dans le cas de Nvidia. Mais de telles procédures prendront de toute façon des années avant de se concrétiser.


Meta rachète la start-up Manus pour accélérer dans l’IA générative

Lancé dans une course-poursuite pour combler son retard dans l’intelligence artificielle générative, Mark Zuckerberg ressort une nouvelle fois le chéquier. Fin décembre, Meta a annoncé le rachat de Manus, une start-up autrefois basée en Chine, qui avait fait sensation début 2025 en dévoilant la première plateforme opérationnelle d’agents IA. Le montant de la transaction n’a pas été officiellement communiqué. Selon plusieurs médias américains, il s’élèverait à environ 2,5 milliards de dollars, dont 500 millions consacrés à la rétention de la centaine de salariés de Manus.

En juin, la maison mère de Facebook et Instagram avait déjà dépensé 14,3 milliards de dollars pour acquérir 49% du capital de Scale AI, une société américaine spécialisée dans l’étiquetage des données. Cette opération, assimilable à une acquisition déguisée, lui avait surtout permis de débaucher le fondateur et patron Alexandr Wang, placé à la tête d’une nouvelle division dédiée au développement d’une “superintelligence”. Dans la foulée, Meta avait recruté des dizaines d’ingénieurs et chercheurs chez OpenAI, Google ou Apple, leur offrant parfois des rémunérations à neuf chiffres.


La levée de fonds atypique de xAI, la start-up d’Elon Musk

Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’intelligence artificielle générative n’est plus seulement une course à l’innovation technologique. C’est désormais aussi un terrain d’innovation financière face aux immenses besoins de capitaux. Nouvelle illustration avec xAI. Mardi, la start-up fondée par Elon Musk a officialisé une levée de fonds reposant sur une structure inédite. D’un montant de 20 milliards de dollars, celle-ci est en effet articulée autour d’un SPV (special purpose vehicle), un véhicule d’investissement dédié.

Concrètement, indique Bloomberg, la somme ne sera pas directement collectée par xAI, comme c’est habituellement le cas dans ce type d’opération. Mais par cette structure ad hoc, qui achètera des cartes graphiques auprès de Nvidia avant de les louer à la start-up pendant cinq ans, afin qu’elle puisse équiper son supercalculateur Colossus 2, actuellement en construction à Memphis. D’après le Wall Street Journal, celui-ci comptera quelque 300.000 GPU, pour une facture estimée à 18 milliards de dollars.


| ET AUSSI |

>> Meta reporte le lancement européen de ses lunettes équipées d’un écran


Crédit photos: OpenAI - Meta

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Par Jérôme Marin

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