L'IA qui effraie Hollywood, procès historique contre Meta, Netflix sous la menace

Et aussi: Anthropic accentue la pression sur OpenAI – L'Europe ouvre une enquête sur Shein

Cafétech
5 min ⋅ 20/02/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Seedance, le modèle vidéo de ByteDance qui impressionne... et effraie Hollywood

Un combat entre Tom Cruise et Brad Pitt sur le toit d’un building d’une ville dévastée. Visionnée plusieurs millions de fois sur les réseaux sociaux, la scène générée par l’intelligence artificielle a immédiatement provoqué une levée de boucliers des grands studios hollywoodiens. Dans leur viseur: ByteDance, la maison mère de TikTok qui vient de lancer Seedance 2, un nouveau modèle de création de vidéos. Un outil impressionnant dont les performances semblent surpasser celles de Sora 2 et de Veo 3, lancés respectivement l’an passé par OpenAI et Google.

Pour l’instant uniquement disponible en Chine, Seedance 2 illustre les progrès rapides des entreprises chinoises dans l’IA générative, désormais capables de rivaliser, voire de dépasser, les géants américains du secteur. La presse locale évoque même un deuxième “moment Spoutnik”, en référence à l’onde de choc provoquée il y a un an par l’irruption des modèles de langage de la start-up chinoise DeepSeek. Ce lancement confirme, une nouvelle fois, que les dernières puces de Nvidia, dont l’importation vers la Chine est interdite, ne sont pas indispensables pour rester compétitif.

L’IA pour produire des films ?

Comme Sora et Veo, Seedance présente encore des limites. Mais le modèle esquisse un futur où une part croissante de la production vidéo sera générée par l’IA. C’est déjà le cas de certains spots publicitaires ou d’effets spéciaux utilisés dans des films et séries. OpenAI prévoit aussi de lancer cette année un premier long-métrage d’animation produit avec ses outils, dans le but de démontrer leur potentiel créatif, ainsi que les gains de temps et d’argent qu’ils permettent. À plus long terme, l’IA pourrait même se substituer, au moins en partie, aux films en prises de vues réelles.

En attendant de savoir si ce scénario redouté se concrétisera, les géants d’Hollywood concentrent leur riposte sur la protection de leur propriété intellectuelle. Dans la foulée de la diffusion des premières vidéos en ligne, Disney et Paramount ont ainsi adressé des lettres de mise en demeure à ByteDance. Condamnation aussi de la part de la Motion Picture Association, le lobby du cinéma, et du syndicat des acteurs. Le groupe chinois assure avoir pris des mesures pour renforcer ses garde-fous afin d’empêcher l’utilisation de contenus protégés et de l’image de personnalités.

Les studios démunis

En réalité, les studios apparaissent relativement démunis. Certains ont certes choisi la voie judiciaire, comme Disney et Universal contre Midjourney. Mais leurs plaintes portent sur la possibilité de générer des images ou des vidéos mettant en scène des œuvres protégées. À ce stade, aucun acteur de l’IA n’a encore été attaqué pour avoir utilisé des films ou des dessins animés afin d’entraîner ses modèles. La raison est juridique: ces pratiques pourraient être couvertes par le droit américain qui autorise dans certains cas un “usage raisonnable” de contenus protégés.

Cette limite a déjà été à l’œuvre dans l’industrie musicale. Les grandes maisons de disque ont finalement privilégié des accords à l’amiable avec les outils de création de chansons. L’enjeu n’est plus de s’opposer à une évolution jugée inéluctable, mais d’en capter une partie de la valeur. Pour Hollywood, la logique serait similaire: capitaliser sur ses franchises, à l’image du partenariat noué entre Disney et OpenAI. Au-delà, la principale protection des studios pourrait bien résider dans la faible acceptabilité sociale des productions générées par l’IA. Reste à savoir pour combien de temps.

Pour aller plus loin:
– Pourquoi OpenAI pense déjà à gagner de l’argent avec son application Sora
– Pourquoi l’accord entre Universal et Udio marque un tournant pour l’industrie du disque


| EN BREF |

Aux États-Unis, des procès sur l’addiction des enfants aux réseaux sociaux

“Ces entreprises ne voulaient pas seulement des utilisateurs, elles voulaient des accros”. L’avocat de la partie civile a donné le ton d’emblée. La semaine dernière, une série de procès historiques, appelés à faire jurisprudence aux États-Unis, s’est ouverte devant un tribunal de Los Angeles. Sur le banc des accusés: Instagram, YouTube, TikTok et Snapchat. Les quatre plateformes sociales sont poursuivies par une dizaine de plaignants, qui les accusent d’avoir sciemment conçu leurs produits pour les rendre addictifs, au détriment de la santé mentale des enfants.

Pour ces entreprises, les enjeux dépassent largement les lourds dommages et intérêts qui pourraient leur être infligés dans ces dossiers. Une défaite constituerait en effet un précédent, ouvrant la voie à des condamnations similaires dans les milliers d’autres procédures en cours, tout en encourageant de nouvelles actions en justice. Elle fragiliserait par ailleurs leur position dans la bataille qui s’ouvrira cet été face à plusieurs États américains, résolus à obtenir devant les tribunaux des changements radicaux dans le fonctionnement de leurs applications.


Le rachat de Warner Bros par Netflix menacé par une surenchère de Paramount

C’est le scénario que Netflix redoutait. Mardi, Warner Bros Discovery (WBD) a rouvert les discussions avec Paramount, qui se dit prêt à relever son offre de rachat. De quoi relancer une nouvelle phase d’enchères et potentiellement contraindre la plateforme de streaming à revoir sa proposition à la hausse pour tenter de mettre la main sur la maison mère des mythiques studios Warner et de la prestigieuse chaîne HBO. Le dénouement s’annonce en tout cas rapide: les négociations ne dureront que sept jours. Le vote définitif des actionnaires est attendu le 20 mars.

Début décembre, Netflix avait été retenu par le conseil d’administration de Warner Bros, à l’issue de discussions avec au moins trois acheteurs potentiels. Son offre de 83 milliards de dollars avait été jugée plus solide sur le plan financier, malgré les doutes entourant un potentiel veto des autorités de la concurrence. Mais Paramount n’avait pas renoncé. Le propriétaire des studios éponymes avait aussitôt lancé une offre hostile, puis offert des garanties supplémentaires. Ses dirigeants avaient, en outre, laissé entendre que leur proposition pourrait encore être relevée.


En levant 30 milliards de dollars, Anthropic accentue la pression sur OpenAI

Plus encore que par son montant, la levée de fonds officialisée jeudi dernier par Anthropic détonne par le nombre d’acteurs impliqués. Près de quarante grands fonds d’investissement, américains et internationaux, ont été nécessaires pour réunir 30 milliards de dollars, aux côtés de Nvidia et Microsoft. Une somme colossale qui doit permettre au spécialiste de l’intelligence artificielle générative d’accroître encore sa puissance de calcul. Et de poursuivre un développement commercial qui s’est nettement accéléré l’an passé.

Cette levée de fonds est la deuxième plus importante jamais réalisée par une start-up technologique, derrière les 40 milliards récoltés en plusieurs tranches par OpenAI l’an passé – et en attendant le tour de table de 100 milliards que le créateur de ChatGPT s’apprête à boucler. Elle inclut une partie des 15 milliards promis à l’automne par Nvidia et Microsoft. Elle s’ajoute par ailleurs aux 13 milliards levés en septembre, auprès d’une vingtaine d’investisseurs. L’opération permet à Anthropic de doubler sa valorisation, qui s’élève désormais à 380 milliards de dollars.


Bruxelles ouvre (enfin) une enquête sur Shein pour la vente de produits illégaux

Trois mois après le scandale des poupées sexuelles à l’apparence enfantine, Bruxelles passe à l’action. Mardi, la Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une procédure formelle contre Shein dans le cadre du Digital Services Act (DSA). La plateforme chinoise d’ultra fast fashion est soupçonnée de vendre des produits illégaux et d’avoir mis en place des interfaces jugées addictives. Elle risque une amende pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires mondial. Elle pourrait aussi se voir imposer des mesures correctives, sous peine d’interdiction sur le continent.

Si cette enquête n’est pas directement liée aux récentes affaires, le timing laisse à penser qu’elle a été accélérée sous la pression de l’opinion publique et des États membres. Elle s’inscrit dans le cadre d’un processus lancé en juin 2024 avec plusieurs demandes d’informations envoyées à Shein. Jusqu’ici, Bruxelles semblait surtout concentrée sur Temu, autre plateforme chinoise dite “cross-border”, sur laquelle les produits sont expédiés directement depuis la Chine. Reconnue en infraction cet été, elle attend désormais les sanctions et mesures correctives que lui imposera la Commission.


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Crédit photos: Capture d’écran - Unsplash / Berke Citak

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Par Jérôme Marin

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