Et aussi: L'euphorie autour de Cerebras – La nouvelle acquisition de Mistral
Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.
Bonne lecture et bon week-end.
Dans l’intelligence artificielle générative, les choses vont vite, très vite. Fin novembre, beaucoup estimaient que Google avait non seulement comblé son retard sur OpenAI, mais qu’il avait même pris l’avantage sur le concepteur de ChatGPT, suite au lancement de la troisième version de son grand modèle de langage Gemini. À peine six mois plus tard, le géant de Mountain View doit désormais démontrer qu’il n’est pas de nouveau distancé, notamment sur le terrain des outils de génération de code informatique, devenu le nouveau champ de bataille des grands acteurs du secteur.
En dévoilant mardi, en ouverture de sa grande conférence annuelle I/O, la dernière version de Gemini, Google a insisté sur ses performances en matière de code, annoncées comme comparables à celles des outils proposés par Anthropic et OpenAI. Le moteur de recherche a également présenté de nouvelles fonctionnalités dédiées au déploiement d’agents d’IA, capables d’automatiser un nombre croissant de tâches, ainsi qu’une plateforme similaire à OpenClaw, un agent personnel capable de tourner en continu – dont le fondateur a été débauché en février par OpenAI.
Ces annonces symbolisent les nouvelles priorités du marché. Au-delà des chatbots grand public ou des assistants déployés dans les entreprises, les outils de programmation constituent désormais le véritable moteur de croissance. Lancé l’an passé, Claude Code d’Anthropic a connu une ascension fulgurante, dépassant un milliard de dollars de revenus annualisés en seulement six mois – du jamais vu. En février, son chiffre d’affaires s’élevait à 2,5 milliards. Il est probablement aujourd’hui bien supérieur. Dans son sillage, OpenAI revendique aussi une forte adoption de son outil Codex.
Face à cette déferlante, Google reste en retrait. Non seulement les précédentes versions de Gemini ne tenaient pas la comparaison, mais le groupe souffre également de l’absence d’une plateforme unifiée dédiée au code. Si le premier point faible semble avoir été résolu, le second demeure. Pour rattraper son retard, Google a notamment dépensé 2,4 milliards de dollars l’an passé pour racheter Windsurf, une start-up spécialisée dans le domaine, un temps convoitée par OpenAI. En interne, une nouvelle équipe a aussi été mise en place au sein de son laboratoire DeepMind.
Parallèlement, Google a dévoilé une intégration encore plus poussée de l’IA au sein de son moteur. Cela passe notamment par une “réinvention” de la barre de recherche, qui se rapproche de plus en plus de l’interface d’un chatbot. Celle-ci permettra de formuler des requêtes plus longues et d’ajouter des documents ou des photos. Il sera par ailleurs possible de poser des questions de suivi directement depuis la page des résultats. Et aussi de créer des “agents de recherche”, capables de scruter en continu le web pour envoyer des notifications en fonction des informations trouvées.
Pris de court par le spectaculaire succès de ChatGPT, Google a pris son temps pour ajouter de l’IA à son produit phare. Il y a deux ans, le moteur a d’abord intégré des réponses générées par Gemini au-dessus des traditionnels liens. L’an passé, il a ajouté un onglet permettant d’ouvrir une interface conversationnelle. Malgré l’émergence de nouveaux canaux d’accès à l’information, l’IA n’a pas encore eu d’impact négatif sur les recettes publicitaires issues des liens sponsorisés. Mais Google n’a pas encore détaillé comment il compte compenser, à terme, la baisse inéluctable du nombre de clics.
Pour aller plus loin:
– Avec ses derniers modèles d’IA, Google démontre ses progrès dans les puces
– Portée par une croissance fulgurante, Anthropic détrône OpenAI
Ce devrait être la plus importante introduction en Bourse de l’histoire. Mercredi soir, SpaceX a officialisé sa prochaine arrivée à Wall Street, probablement le 12 juin. L’opération pourrait lui permettre de récolter 75 milliards de dollars, destinés notamment à financer le déploiement de data centers dans l’espace pour y entraîner et faire tourner des modèles d’intelligence artificielle générative. Ce montant représenterait de très loin un record, tout comme la capitalisation boursière espérée de plus de 2.000 milliards.
Sur le papier pourtant, les performances financières de la société spatiale dirigée par Elon Musk ne justifient pas de tels niveaux. L’an passé, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 18,7 milliards de dollars, provenant majoritairement de sa constellation de satellites Starlink, qui fournit un accès haut débit à Internet. Surtout, elle a accusé une perte de 4,9 milliards, pénalisée par le déficit accusé par les activités liées à l’intelligence artificielle générative de xAI, désormais intégrée à SpaceX. Ses pertes devraient encore s’aggraver: elles ont déjà atteint 4,2 milliards de dollars au premier trimestre.
Conforté cette semaine par une victoire judiciaire face à Elon Musk, Sam Altman accélère désormais le projet d’introduction en Bourse d’OpenAI. Selon plusieurs médias américains, le créateur de ChatGPT devrait lancer le processus ces prochaines semaines, voire dès vendredi. Une procédure menée de manière confidentielle, c’est-à-dire sans publication immédiate des données financières. L’opération serait alors sur les rails pour une cotation en septembre, permettant à l’entreprise de devancer sa grande rivale Anthropic à Wall Street.
Ce calendrier accéléré vise à capter l’appétit potentiellement immense des investisseurs pour les groupes spécialisés dans l’intelligence artificielle générative. L’introduction s’annonce d’ailleurs historique: elle sera la première pour un concepteur de modèles. OpenAI se montre très ambitieux, espérant récolter plusieurs dizaines de milliards de dollars, sur la base d’une capitalisation supérieure à 1.000 milliards. Plusieurs éléments pourraient toutefois contrarier ces plans, en particulier des pertes abyssales et la concurrence croissante d’Anthropic.
En octobre, Cerebras avait dû renoncer à son projet d’introduction en Bourse, faute d’avoir dissipé les doutes sur sa solidité financière. À peine sept mois plus tard, le spécialiste américain des puces dédiées à l’intelligence artificielle a pourtant fait des débuts fracassants à Wall Street, symbole du regain d’enthousiasme des investisseurs – en particulier pour l’IA agentique, dont le déploiement s’accélère dans les entreprises. Jeudi, pour sa première séance de cotation, son action a bondi de 68%, propulsant sa capitalisation boursière à plus de 80 milliards de dollars.
Le contraste est saisissant. À l’automne dernier, après l’échec de sa première tentative, Cerebras avait dû se contenter d’une levée de fonds qui la valorisait à 8 milliards de dollars. Depuis, l’entreprise a signé des contrats avec OpenAI et Amazon Web Services, la plateforme de cloud du géant du commerce en ligne. Surtout, le contexte boursier est bien plus favorable, dans le sillage des gains commerciaux spectaculaires d’Anthropic et, dans une moindre mesure, d’OpenAI. Devant la forte demande des investisseurs, Cerebras avait relevé à plusieurs reprises son prix d’introduction.
Mistral AI a le vent en poupe. Après avoir finalisé cet automne une importante levée de fonds, le fleuron français de l’intelligence artificielle générative accélère désormais sur le terrain des acquisitions. Mardi, il a officialisé son deuxième rachat en seulement trois mois, avec la prise de contrôle d’Emmi AI, une start-up autrichienne spécialisée dans les solutions d’IA appliquées à l’industrie. Selon la newsletter The French Tech Journal, le prix de l’opération dépasse les 300 millions d’euros. En février, Mistral avait déjà mis la main sur la plateforme cloud française Koyeb.
Lancée l’an dernier, Emmi AI s’attaque au marché de la simulation industrielle, essentiel dans l’aérospatial, l’automobile ou les semi-conducteurs. La start-up a développé des modèles capables de simuler des phénomènes physiques, comme l’écoulement des fluides ou la déformation des matériaux. Elle promet des gains de temps considérables, en ramenant à quelques secondes ou minutes des calculs qui prenaient des heures, voire des jours, avec les logiciels traditionnels. Un marché jugé suffisamment prometteur pour que Nvidia dévoile fin 2025 ses propres modèles dédiés à la simulation.
>> Elon Musk perd son procès contre Sam Altman... pour cause de prescription
>> Google dévoile ses premières lunettes connectées conçues avec Samsung
>> Toujours aucune avancée pour Nvidia sur le marché chinois
>> Chez Baidu, l’intelligence artificielle supplante la recherche en ligne
Crédit photos: Google - SpaceX