Pas de Siri AI en Europe, la super-app d'OpenAI, la nouvelle tarification d'Anthropic

Et aussi: Google s'associe avec SpaceX – Bending Spoons en Bourse

Cafétech
5 min ⋅ 12/06/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Pourquoi le nouveau Siri ne sera pas lancé immédiatement en Europe

Ne l’appelez plus Siri, mais Siri AI. Lundi soir, en ouverture de la WWDC, sa conférence annuelle pour les développeurs, Apple a dévoilé une nouvelle version de son assistant vocal, censée le faire (enfin) entrer dans l’ère de l’intelligence artificielle générative. Une démonstration sans éclats, loin des promesses faites il y a deux ans mais jamais concrétisées. “Siri est désormais un assistant beaucoup plus performant, qui vous aide à trouver ce dont vous avez besoin et à accomplir davantage de tâches”, assure Mike Rockwell, nommé l’an passé à la tête du projet, alors à la dérive.

Sans être révolutionnaire, ce nouveau Siri constitue néanmoins une étape importante pour Apple, questionné depuis deux ans sur sa capacité à s’adapter à l’essor de l’IA générative. L’assistant devrait être davantage mis en avant en septembre, lors de la présentation des prochains iPhone. Il n’est toutefois pas encore certain qu’il soit disponible dès leur sortie. Il pourrait n’être déployé que lors d’une mise à jour d’ici la fin de l’année. En revanche, Siri AI ne sera pas lancé immédiatement en Europe ni en Chine, en raison, selon Apple, des réglementations locales.

Obligation d’interopérabilité

“Une décision d’Apple, et d’Apple uniquement”. Interrogé mardi en conférence de presse, Thomas Régnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a rejeté toute responsabilité de Bruxelles dans ce report. Un délai que le groupe à la pomme attribue, lui, au Digital Markets Act, une réglementation européenne qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique. “Absolument rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer de nouveaux produits en Europe”, rétorque le responsable européen, à condition toutefois… de respecter la loi.

La loi, ce sont précisément le considérant 57 et l’article 6.7 du DMA. Ils imposent aux contrôleurs d’accès – les sept géants du numérique concernés par le texte – “d’assurer, gratuitement, une interopérabilité effective avec les mêmes caractéristiques […] que celles qui sont disponibles ou utilisées [par] leurs propres services”. Précision importante: cette obligation ne concerne qu’iOS et iPadOS, considérés comme des services “essentiels” parce qu’ils comptent plus de 45 millions d’utilisateurs en Europe. Elle ne s’applique pas à macOS, qui fait tourner les ordinateurs de la marque.

Concrètement, le DMA oblige Apple à offrir aux autres assistants d’intelligence artificielle générative les mêmes accès au système d’exploitation que ceux dont bénéficie la nouvelle version de Siri. Ainsi, ChatGPT ou Gemini doivent également pouvoir rechercher des informations ou effectuer des actions dans d’autres applications – deux fonctionnalités phares présentées lundi soir. Le groupe de Cupertino dénonce, lui, un “accès presque illimité” et “la possibilité d’agir […] sans contrôle ni visibilité”, estimant que cela créerait des “risques sérieux pour les utilisateurs”.

“La loi n’est pas négociable”

L’article 6.7 du DMA prévoit toutefois une exception à cette obligation d’interopérabilité. Les contrôleurs d’accès sont autorisés à imposer des restrictions “strictement nécessaires et proportionnées” pour protéger “l’intégrité” du système d’exploitation ou des terminaux, à condition qu’elles soient “dûment justifiées”. S’appuyant sur cette disposition, Apple a proposé à la Commission européenne un dispositif alternatif: une période transitoire de 18 mois durant laquelle un système d’agents “de confiance” aurait été déployé “progressivement” afin de concilier interopérabilité et sécurité.

Une proposition rejetée par Bruxelles. “La loi européenne n’est pas négociable”, répond Thomas Régnier, qui reconnaît l’existence de “quelques contacts” avec Apple sur ce dossier. Selon lui, le groupe américain n’a pas cherché une solution technique pour se mettre en conformité avec le DMA, mais simplement à obtenir une dérogation. “Cela aurait voulu dire que, pendant 18 mois, aucun autre outil d’IA n’aurait eu une chance équitable d’être choisi par un utilisateur d’iPhone”. Une situation qui aurait permis à Apple “de fermer le marché”, au détriment d’une concurrence “équitable et libre”.

Pour aller plus loin:
–  Après deux ans de retard, Apple dévoile une nouvelle version de Siri
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA


| EN BREF |

Avec son dernier modèle, Anthropic s’éloigne des abonnements tout inclus

Derrière l’accueil en fanfare se profile peut-être une véritable révolution commerciale sur le marché de l’intelligence artificielle générative. Mardi, Anthropic a lancé une version publique, et bridée, de son modèle Mythos, dont l’accès était jusqu’ici restreint pour des raisons de sécurité. Au-delà des benchmarks, qui lui attribuent des performances nettement supérieures à celles de ses concurrents, ce lancement s’accompagne d’un changement de facturation: à partir du 23 juin, son utilisation ne sera plus incluse dans les offres payantes, y compris celle à 200 dollars par mois.

Le modèle, baptisé Fable 5, sera alors accompagné d’une facturation à l’usage, s’ajoutant à l’abonnement mensuel et fondée sur la consommation réelle de tokens – ces unités de données textuelles qui servent à mesurer l’utilisation des modèles d’IA. Fini donc le forfait à prix fixe pour un usage uniquement encadré par des quotas. La facture pourrait s’avérer bien plus salée, d’autant que les tarifs affichés sont particulièrement élevés: 50 dollars pour un million de tokens, contre 25 dollars pour le précédent modèle le plus puissant d’Anthropic et 30 dollars pour GPT-5.5 d’OpenAI.


Pourquoi OpenAI veut transformer ChatGPT en “super-app”

Chez OpenAI, une “super-app” peut en cacher une autre. À l’automne dernier, le concepteur de ChatGPT s’était engagé sur les traces de WeChat, la plateforme chinoise de messagerie qui a popularisé le concept de mini-apps. L’idée était alors simple: ouvrir son chatbot vedette à des services tiers – Spotify, Booking et Expedia figuraient parmi les premiers partenaires annoncés –, afin d’en faire un point d’entrée central de la vie numérique des utilisateurs. Et ainsi de renforcer son caractère incontournable face à la concurrence. Une vision qui ne s’est jamais véritablement concrétisée.

Huit mois plus tard, OpenAI s’apprête à lancer une nouvelle “super-app”, rapporte le Financial Times, confirmant des informations déjà évoquées en mars. Symbole des bouleversements à l’œuvre sur le marché de l’intelligence artificielle générative, celle-ci combinerait l’interface conversationnelle de ChatGPT avec des outils de génération de code et des agents d’IA. Deux axes désormais stratégiques, censés soutenir la croissance du chiffre d’affaires, alors que la progression du nombre d’utilisateurs ralentit et que le taux de conversion vers les offres payantes demeure limité.


Après Anthropic, Google va aussi louer les supercalculateurs de xAI

Les deux supercalculateurs Colossus étaient censés permettre à xAI de rivaliser avec OpenAI. Mais face aux performances décevantes du chatbot Grok, les voilà désormais transformés en vache à lait pour SpaceX, qui a absorbé en février la start-up d’intelligence artificielle générative fondée par Elon Musk. La semaine dernière, en amont de sa prochaine introduction en Bourse, la société spatiale a ainsi officialisé un accord avec Google, lui donnant accès à quelque 110.000 cartes graphiques afin de faire face à une demande “plus forte que prévu” pour sa plateforme d’agents IA.

À partir d’octobre, le moteur de recherche versera 920 millions de dollars par mois, potentiellement jusqu’en juin 2029. En mai, SpaceX avait déjà annoncé un contrat similaire avec Anthropic, d’un montant mensuel de 1,25 milliard. Ces sommes vont permettre à l’entreprise de plus que doubler son chiffre d’affaires, tout en améliorant significativement ses performances opérationnelles – la ramenant potentiellement dans le vert. De quoi donner davantage de consistance à une valorisation espérée de 1.750 milliards, désormais justifiée par son positionnement d’acteur majeur de l’IA.


Après sa frénésie d’achats, Bending Spoons prépare son entrée en Bourse

AOL, Evernote, Vimeo, Meetup… Avalées ces dernières années par Bending Spoons, ces anciennes gloires du Web se dirigent vers Wall Street. Lundi, leur maison mère a lancé son processus d’introduction en Bourse auprès des autorités américaines, ouvrant la voie à une opération au cours de l’été. Le groupe italien vise une valorisation de 20 milliards de dollars, contre 11 milliards lors de sa dernière levée de fonds fin 2025. Selon son directeur général, Luca Ferrari, la “quasi-totalité” des capitaux récoltés servira à financer de nouveaux rachats “pendant encore de nombreuses années”.

Cette introduction en Bourse vient consacrer un modèle de développement atypique. Lancée en 2013 avec 40.000 euros en poche, l’entreprise s’est bâtie à coups d’acquisitions successives – une cinquantaine au total –, accompagnés d’importants plans sociaux. Plutôt que de concevoir elle-même des services, elle préfère mettre la main sur des produits qui ont déjà trouvé leur public, mais dont elle estime que le potentiel commercial, via des offres payantes, reste encore sous-exploité. Pour financer cette stratégie expansionniste, elle n’a pas hésité à recourir massivement à l’endettement.


| ET AUSSI |

>> Après Anthropic, OpenAI enclenche son processus d’introduction en Bourse


Crédit photos: Apple Unsplash / Planet Volumes

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Par Jérôme Marin

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