Et aussi: OpenAI lance une puce d'IA – Un nouveau patron pour WhatsApp
Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.
À noter: Cafétech fait une pause la semaine prochaine. Prochain édition: mardi 5 mai
Bonne lecture et bon week-end.
Tim Cook avait prévenu. Jeudi, Apple a annoncé une série de hausses de prix pouvant atteindre 33%, principalement sur sa gamme de Mac et d’iPad. Pour l’instant épargné, l’iPhone pourrait toutefois subir le même sort en septembre, lors du lancement des nouveaux modèles. En cause, l’envolée des tarifs sur le marché des puces mémoire, alimentée par la demande liée à l’intelligence artificielle générative. “La situation est devenue intenable”, résumait la semaine dernière le patron du groupe à la pomme, interrogé par le Wall Street Journal.
Jusqu’à présent, Apple avait choisi d’absorber la hausse des coûts, profitant de ses marges élevées pour éviter de pénaliser la demande. Au premier trimestre, les ventes d’iPhone ont même légèrement progressé, alors que le marché est reparti à la baisse, plombé par l’augmentation des prix des smartphones d’entrée et de milieu de gamme. Le lancement des nouveaux modèles en septembre représente toutefois une occasion idéale d’ajuster ses tarifs, non seulement pour répercuter, au moins en partie, les surcoûts déjà enregistrés, mais aussi pour anticiper ceux attendus dans les prochains mois.
La situation ne devrait en effet pas s’améliorer avant, au mieux, la mi-2027. À l’origine de ce bouleversement: le développement effréné des infrastructures dédiées à l’IA, particulièrement gourmandes en mémoire, notamment en puces à large bande passante (HBM). Pour répondre à cette demande, les trois géants du secteur – les coréens SK Hynix et Samsung, ainsi que l’américain Micron – ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, au détriment des mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, ordinateurs, tablettes ou consoles de jeux.
Conséquence: les prix de ces puces s’envolent. Selon les estimations du cabinet TrendForce, ils ont été multipliés par près de quatre en seulement neuf mois. Certes, les fabricants prévoient d’augmenter leurs capacités, mais la mise en service de nouvelles lignes de production prend du temps. Surtout, ces investissements sont principalement, voire exclusivement, destinés aux mémoires pour l’IA. Les analystes de Morgan Stanley anticipent ainsi une hausse de 30% de la production de puces DRAM d’ici 2027, mais une baisse de 15% pour celles destinées aux appareils électroniques grand public.
Concrètement, le coût des mémoires DRAM et NAND s’élevait à 52 dollars pour l’iPhone 17 Pro lors de son lancement en septembre dernier, selon des estimations du cabinet TechInsights citées par le Wall Street Journal. Cela représentait environ 9% du coût des composants, un niveau particulièrement bas à l’échelle du marché. Pour son successeur, attendu cet automne, la facture pourrait grimper à 196 dollars, soit 22% du total, à périmètre de coûts comparable. La DRAM deviendrait notamment le composant le plus onéreux du smartphone, devant le processeur et le module photo.
Si ces chiffres restent des estimations, basées sur les tarifs de marché et non sur ceux négociés avec les fabricants, ils illustrent le dilemme auquel le groupe est confronté. Sans hausse du prix de vente – et sans tenir compte d’éventuelles augmentations sur d’autres composants –, la marge brute sur l’iPhone passerait de 47% en septembre 2025 à 34% un an plus tard. Pour maintenir le même niveau de rentabilité, Apple devrait relever le prix de son smartphone d’environ 270 dollars. Un surcoût qui semble trop élevé pour être entièrement répercuté sur les consommateurs.
Plus probablement, le géant de Cupertino devrait opter pour une hausse comprise entre 100 et 200 dollars sur sa gamme de nouveaux iPhone. Un ajustement qui permettrait de limiter l’érosion des marges à court terme, sans pour autant absorber entièrement la progression attendue des prix des mémoires au cours des trimestres suivants. Les répercussions pourraient alors être doublement négatives: une baisse des profits réalisés sur chaque appareil vendu, mais aussi un repli des volumes, y compris sur les anciens modèles, dont les prix pourraient ne pas baisser comme habituellement.
Jusqu’ici, la hausse des tarifs des mémoires a relativement épargné le groupe. Sur les trois premiers mois de l’année, sa marge brute sur le hardware n’a que très légèrement reculé, grâce aux stocks constitués en amont. Mais ce matelas de sécurité ne se prolongera au-delà du mois de juin, avertissait Tim Cook en avril. Pour limiter l’impact, le patron d’Apple se dit désormais prêt à “mobiliser” sa trésorerie, peut-être en s’engageant à l’avance sur des contrats pluriannuels, à l’image de ce que font les géants de l’IA. Une question qui devra être arbitrée par son successeur, John Ternus.
Pour aller plus loin:
– Profits record mais pertes dans les smartphones, les deux visages de Samsung face à l’IA
– Victimes collatérales de l’IA, les ventes de smartphones replongent
Sur le papier, l’assurance repose sur une idée simple: on s’assure pour un risque rare, partagé entre beaucoup de personnes et ceux qui sont touchés par l’aléa sont indemnisés.
Ce mécanisme de mutualisation est aujourd’hui sous tension.
Première limite: l’exposition individuelle. Quand un risque devient trop fréquent pour un même assuré, il cesse d’être un aléa. Une maison inondée chaque année, ce n’est plus un risque partagé.
La deuxième limite apparaît quand tout le monde est touché en même temps. Crises climatiques, pandémie, guerre… il n’y a plus assez de personnes épargnées pour compenser les victimes.
Troisième limite, invisible: la solidarité elle-même. L’assurance ne fonctionne que si chacun accepte de contribuer, même s’il ne subira pas forcément un sinistre. C’est un pacte collectif fragile.
Sur son nouveau blog, Allianz propose d’explorer ces transformations à travers vidéos, articles et entretiens, pour rendre compréhensible un sujet souvent réservé aux experts. L’enjeu n’est pas seulement de mieux comprendre l’assurance, mais aussi d’interroger notre manière de faire société face aux risques.
Il y a tout juste trois ans, SK Hynix enregistrait la plus lourde perte de son histoire. Le géant des puces mémoire vient pourtant (brièvement) de détrôner Samsung pour devenir la première capitalisation boursière sud-coréenne, mettant fin à vingt-six ans de règne sans partage de son rival. Une ascension spectaculaire qu’il entend désormais mettre à profit. Mercredi, il a confirmé son projet de double cotation au Nasdaq à partir du 10 juillet. L’opération pourrait lui permettre de lever plus de 29 milliards de dollars, un montant inédit destiné à financer la construction de nouvelles usines.
Entre ses pertes record et son arrivée probablement triomphale à Wall Street, un événement a rebattu les cartes: l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative. Celui-ci se traduit à la fois par un bond de la demande, en particulier pour les mémoires à large bande passante (HBM), et par une envolée sans précédent des prix. Déjà significative, la dynamique du marché s’accélère à un rythme spectaculaire. Selon les prévisions des analystes, le chiffre d’affaires de SK Hynix pourrait tripler cette année, tandis que ses profits pourraient être multipliés par plus de cinq.
Face à l’essor de l’intelligence artificielle générative, Getty Images a longtemps privilégié la voie judiciaire. Dimanche, la banque d’images américaine a toutefois confirmé un virage stratégique en officialisant un accord avec OpenAI. Un partenariat, comparable à celui noué l’an passé avec la start-up Perplexity, qui reste néanmoins limité: il ne concerne pas l’entraînement des modèles d’IA, mais permettra simplement à ChatGPT d’afficher des photos dans ses réponses. Aucun détail financier n’a été communiqué, mais cette seule annonce a suffi à faire bondir l’action de Getty de 90%.
Fondée en 1995, la société propose une bibliothèque de plusieurs centaines de millions de photos et de vidéos. Celle-ci comprend aussi bien des contenus d’actualité, utilisés par de nombreux médias, que des images d’illustration, qui représentent la majorité de ses revenus. Or, ce segment se retrouve aujourd’hui directement menacé par les progrès spectaculaires des outils de génération d’images. Pourquoi débourser plusieurs centaines de dollars pour un cliché d’illustration lorsqu’un visuel comparable peut être créé en quelques secondes par une IA pour une fraction du coût ?
OpenAI est dans les temps. Mercredi, le concepteur de ChatGPT a dévoilé sa toute première puce dédiée à l’intelligence artificielle générative, conçue en partenariat avec Broadcom. Baptisée Jalapeño, celle-ci a spécifiquement été pensée pour l’inférence, c’est-à-dire le processus de génération de textes, d’images ou de code informatique. Elle pourrait permettre de réduire les coûts de moitié par rapport aux cartes graphique généralistes de Nvidia. Après une phase de tests, son déploiement à grand échelle est prévu “d’ici la fin de l’année”, comme annoncé en octobre.
Cet accélérateur n’est que le premier modèle d’une “collaboration stratégique”, appelée à se poursuivre au moins jusqu’à fin 2029. Sur cette période, OpenAI s’est engagé à acheter des puces représentant une puissance cumulée de dix gigawatts. Cela représente plusieurs millions d’unités. Et une facture probablement en centaines de milliards de dollars. Ce contrat s’inscrit dans une stratégie d’augmentation massive de la puissance de calcul,destinée à répondre à l’explosion attendue des besoins, notamment avec l’essor des agents d’IA autonomes, capables de fonctionner en continu.
La stratégie est désormais bien rodée. Lundi, Meta a annoncé un investissement de 900 millions de dollars dans la start-up indienne Cred, qui propose un programme de récompenses lié aux paiements par carte de crédit. La contrepartie: le recrutement de son patron, Kunal Shah. Celui-ci prend la direction de WhatsApp, où il succède à Will Cathcart, nommé après le départ fracassant, en 2019, de Jan Koum, le fondateur de l’application de messagerie alors en désaccord stratégique avec Mark Zuckerberg. Sa mission sera notamment d’accélérer la monétisation, en particulier dans la publicité.
Meta avait déjà eu recours à cette méthode l’an dernier pour débaucher Alexandr Wang, fondateur de la start-up Scale AI, désormais à la tête d’une nouvelle division consacrée à l’intelligence artificielle générative. L’opération s’était alors élevée à 14,3 milliards de dollars. Ces arrangements permettent d’éviter des examens par les autorités de la concurrence, pouvant se traduire par plusieurs trimestres, voire plusieurs années de procédure, sans garantie d’obtenir un feu vert. Ils remplacent les traditionnelles “aqui-hire”, ces acquisitions visant seulement à recruter des équipes.
>> Meta lance ses premières lunettes connectées sous sa propre marque
>> Apple pourrait confier à Intel la production d’une partie de ses puces
Crédit photos: Apple - SK Hynix