Et aussi: Le réveil brutal de Thinking Machines – Le cloud "souverain" d'Amazon
Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.
Bonne lecture et bon week-end.
“La fin d’une ère”. Victime collatérale de l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative, le marché des smartphones fait face à une nouvelle réalité. Fini le temps où la baisse continue du coût des composants permettait d’accroître les performances sans augmenter les prix de vente. “Ce modèle s’est effondré sous l’effet d’une hausse brutale et sans précédent du coût des puces mémoire”, explique Carl Pei, le patron de la marque britannique Nothing. Le choc sera double, anticipent les analystes: un ralentissement des ventes, combiné à une hausse durable des prix.
Après une année 2025 sans éclat, marquée par une croissance limitée à 2%, le marché des smartphones devrait repartir à la baisse pour la première fois en trois ans. Counterpoint prédit un repli 2% en 2026, tandis qu’IDC redoute une contraction pouvant aller jusqu’à 5%. Dans le même temps, le prix de vente moyen pourrait bondir de 7%. Avec des marges de manœuvre plus étroites, les segments d’entrée et de milieu de gamme devraient être les premiers touchés. Selon la presse chinoise, Xiaomi et Oppo ont ainsi abaissé leurs prévisions de ventes de 20%, et Vivo de 15%.
À l’origine de ce bouleversement: le développement effréné des infrastructures dédiées à l’IA. Cette puissance de calcul supplémentaire ne nécessite pas seulement des cartes graphiques, mais aussi de la mémoire, en particulier des puces à large bande passante (HBM). Pour répondre à cette demande exponentielle, les trois géants du secteur – les coréens SK Hynix et Samsung, et l’américain Micron – ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, au détriment des mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, PC et consoles de jeux.
La demande pour l’IA “absorbe une telle part de la capacité disponible que cela crée une pénurie sans précédent pour les autres segments de l’industrie”, reconnaît un responsable de Micron, interrogé par Bloomberg. Les carnets de commandes des trois fabricants sont ainsi déjà remplis pour 2026. Selon le cabinet TrendForce, 70% de la production de mémoires est désormais dédiée à l’IA. Conséquence: les tarifs des autres composants s’envolent. Au quatrième trimestre 2025, le prix des puces DRAM a augmenté de 45% à 50%, et il devrait encore grimper de 55% à 60% au premier trimestre.
SK Hynix, Samsung et Micron n’avaient pas anticipé une demande aussi massive. Pire encore, les trois entreprises ont sous-investi ces dernières années, après la crise de surproduction qui a frappé le secteur à partir de 2023. Si elles prévoient désormais d’augmenter leurs capacités, leurs nouvelles lignes de production ne seront pas opérationnelles avant 2027 ou 2028. Et rien ne garantit qu’elles ne soient pas consacrées principalement, voire intégralement, aux mémoires pour l’IA. Sans compter l’émergence de nouveaux produits, comme les robots, qui nécessiteront eux aussi des mémoires.
Le secteur des puces mémoire est coutumier des cycles, alternant régulièrement entre épisodes de pénurie et de surproduction. Mais cette fois, le basculement semble plus profond: le centre de gravité de l’industrie s’est déplacé. Ce ne sont plus les mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones et ordinateurs qui dictent le tempo des fabricants, mais celles dédiées aux datas centers. Dans ces conditions, la crise actuelle pourrait s’inscrire dans la durée, au moins tant que l’euphorie autour de l’IA persistera. “Le temps du silicium à bas coût est terminé”, résume Carl Pei.
L’impact de la pénurie de puces reste pour l’instant limité sur le marché des smartphones. Les grandes marques peuvent encore s’appuyer sur leurs stocks et sur les contrats déjà signés à des prix fixés à l’avance. Mais ce répit devrait être de courte durée, contraignant les fabricants à revoir leur stratégie. L’enjeu est important: les mémoires représentent aujourd’hui entre 15% et 20% du coût des composants des modèles de milieu de gamme, et entre 10% et 15% pour les modèles haut de gamme. Des proportions qui devraient grimper dans les prochains mois.
Les fabricants vont devoir arbitrer entre une hausse des prix, une contraction de leurs marges ou une limitation – voire une dégradation – des caractéristiques techniques (moins de mémoire, capteurs photo moins performants…). Chacune de ces options présente des limites. La première se répercutera sur la demande, la seconde semble surtout accessible au segment premium, et la troisième n’encouragera pas les consommateurs à changer de smartphone. Dans ce contexte, “Apple et Samsung sont les mieux placés pour résister aux prochains trimestres”, estime le cabinet Counterpoint.
Pour aller plus loin:
– Avec ses nouveaux iPhone, Apple teste l’appétit pour les smartphones “Gen AI”
– Après deux ans de baisse, les ventes de smartphones rebondissent timidement
Le virage publicitaire d’OpenAI semblait inéluctable. Après plusieurs mois de spéculations – et un report de dernière minute – le concepteur de ChatGPT s’apprête à franchir le pas. Au cours des “prochaines semaines”, il va mener un test aux États-Unis, en insérant des annonces sous certaines réponses générées par son chatbot vedette. Une première étape avant une généralisation à l’ensemble des utilisateurs gratuits et aux abonnés de sa nouvelle offre à bas prix Go, lancée en Europe en décembre et désormais disponible dans le monde entier.
“Beaucoup de personnes veulent utiliser massivement l’intelligence artificielle sans payer”, justifie Sam Altman, qui a longtemps été farouchement opposé à l’ajout d’annonces publicitaires au sein de ChatGPT. “Une idée dérangeante”, assurait même le patron d’OpenAI au printemps 2024. Depuis, sa posture a progressivement évolué, face à la nécessité de trouver de nouvelles pistes de monétisation compte tenu des très lourdes pertes accusées par son entreprise. “Nous espérons qu’un modèle économique comme celui-ci puisse fonctionner”, indique-t-il désormais.
Son nom n’apparaît pas une seule fois dans le document de 270 pages présenté mardi par Bruxelles. Et pas davantage dans les déclarations d’Henna Virkkunen, la commissaire européenne notamment chargée de la sécurité numérique. Pourtant, Huawei est clairement dans le viseur du projet de révision du règlement européen sur la cybersécurité. Ce texte, s’il est adopté, conduirait à bannir les équipements du géant chinois des télécommunications – ainsi que ceux de son compatriote ZTE, assez peu présent sur le continent – de l’ensemble des réseaux mobiles en Europe.
“Des fournisseurs à haut risque sont toujours présents dans nos réseaux 5G, notamment dans leurs parties critiques”, justifie l’ancienne ministre finlandaise, interrogée par Politico. Pour la Commission européenne, il est désormais urgent d’agir face aux menaces d’espionnage que représente la présence, parfois majoritaire dans les réseaux, de ces deux équipementiers, considérés comme proches du régime chinois. Plusieurs pays européens, dont la Suède, ont déjà décrété des interdictions. D’autres, comme la France, se sont contentés de restrictions.
Au début de l’été, Thinking Machines n’avait encore ni produit, ni feuille de route, ni véritable site web. Cela n’avait pourtant pas empêché la start-up d’intelligence artificielle, lancée par Mira Murati, l’ancienne directrice de la technologie d’OpenAI, de boucler une levée de fonds record: deux milliards de dollars en amorçage. À peine sept mois plus tard, l’euphorie est retombée. Et les doutes se sont encore accentués la semaine dernière avec le départ de deux cofondateurs, alors même que les discussions autour d’un nouveau tour de table s’enlisent depuis plusieurs mois.
Plus inquiétant encore, un an après sa création, Thinking Machines n’aurait toujours pas défini de feuille de route produit ni de véritable stratégie commerciale, rapporte la newsletter Sources. Dans un secteur qui évolue à une vitesse fulgurante, l’entreprise n’a pas encore dévoilé de modèle d’IA générative maison. Tout juste a-t-elle lancé, en octobre, une API (interface de programmation) permettant de réentraîner des modèles open source publiés notamment par Meta ou Alibaba. Ses dirigeants promettent d’y remédier dans le courant de l’année… sans plus de détails.
Une entreprise américaine peut-elle réellement proposer une solution souveraine en Europe ? La question peut sembler saugrenue, mais elle se pose depuis qu’Amazon Web Services a décidé d’abattre cette carte sur le marché du cloud computing. La semaine dernière, la filiale du géant du commerce en ligne, numéro un mondial du secteur, a officiellement lancé une nouvelle plateforme sur le continent. “Opérée de manière indépendante”, celle-ci est notamment censée placer les données qu’elle héberge à l’abri de la législation extraterritoriale américaine.
Avec ce lancement, Amazon riposte aux initiatives de Microsoft et de Google, tout en adoptant une stratégie distincte: ses principaux rivaux ont, eux, choisi de nouer des partenariats avec des acteurs locaux. Le groupe promet d’investir près de 8 milliards d’euros au cours des quinze prochaines années pour bâtir cette nouvelle infrastructure. Il cible notamment un marché dont les portes lui sont encore fermées, celui des administrations et des entreprises manipulant des données sensibles, qui ont encore peu migré vers le cloud faute d’offres souveraines adaptées à leurs besoins.
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Crédit photos: Vivo - OpenAI