DeepSeek, un an après l'onde de choc – Apple prépare l'après-Cook – TikTok cède ses activités américaines

Et aussi: Bruxelles enquête sur X – Les ambitions de Snap

Cafétech
5 min ⋅ 30/01/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

Un an après, l’onde de choc DeepSeek s’est dissipée

Comme si rien ne s’était passé. Il y a un an pourtant, la presse américaine n’avait pas hésité à évoquer un “moment Spoutnik”1 pour qualifier l’irruption sur le devant de la scène de la start-up chinoise DeepSeek, dont les avancées avaient ébranlé les certitudes sur le modèle de surinvestissement dans l’intelligence artificielle générative. Passée l’onde de choc, les dépenses dans les infrastructures informatiques ne se sont pas calmées. Bien au contraire. OpenAI, par exemple, prévoit d’investir plus de 1.400 milliards de dollars au cours des prochaines années.

De même, les levées de fonds ne ralentissent pas. Le concepteur de ChatGPT enchaîne les tours de table à neuf voire dix chiffres, tout comme son rival Anthropic. Les start-up Thinking Machines et Safe Superintelligence ont levé des milliards de dollars quelques mois seulement après leur création. La demande pour les GPU de Nvidia reste en forte croissance, ayant permis au groupe de Santa Clara de devenir la première entreprise à franchir la barre des 5.000 milliards de capitalisation boursière. Et les dépenses en capital des géants technologiques n’en finissent plus de grimper.

5,6 millions de dollars ?

Fondé il y a trois ans, DeepSeek sort véritablement de l'ombre en janvier dernier, avec ses modèles V3 et surtout R1. Très vite, ce dernier caracole en tête des modèles open source les plus téléchargés sur la plateforme Hugging Face. Sur l'App Store, son application mobile se hisse aussi à la première place. Comparaisons à l'appui, le laboratoire chinois revendique des performances similaires, voire supérieures, aux modèles équivalents d'OpenAI, Meta ou Anthropic. Et ce, alors même qu’il ne dispose pas des GPU les plus puissants de Nvidia, jusqu’alors considérés comme indispensables.

DeepSeek assure avoir utilisé des puces bridées du groupe américain, conformes aux restrictions d’exportation imposées par Washington. Pour compenser le déficit de puissance de calcul, ses chercheurs ont innové, recourant à différentes techniques d’entraînement. OpenAI l’accuse également de s’être appuyé, de manière illégale, sur ses modèles. Résultat: le développement de V3 n’aurait coûté que 5,6 millions de dollars, une infime fraction des centaines de millions dépensés par les géants américains. Un chiffre, impossibles à vérifier, qui a déclenché un vent de panique.

Bientôt de nouveaux modèles

Depuis ce coup d’éclat, les nouveaux modèles de DeepSeek se font attendre. Initialement prévu en mai, leur lancement a été repoussé à plusieurs reprises. Le laboratoire a notamment été ralenti par sa volonté initiale d’utiliser des puces d’IA conçues par Huawei. Si une mise à jour de V3 a été publiée en décembre, son successeur, V4, pourrait être dévoilé dès février, rapporte The Information. Il afficherait de meilleures performances que ses rivaux d’OpenAI et d’Anthropic, en particulier dans la génération de code informatique – un terrain devenu central dans les usages et la communication.

Pour dépasser les modèles américains, DeepSeek se serait procuré, poursuit le média, les derniers GPU Blackwell de Nvidia, dont l’exportation vers la Chine est interdite. Le laboratoire aurait eu recours à des data centers fantômes installés à l’étranger, utilisés comme simples étapes intermédiaires. Une version contestée par le fabricant américain. Parallèlement, l’entreprise a affiné ses techniques d’entraînement. Début janvier, elle a publié un article de recherche présentant une nouvelle méthode pour réduire encore davantage les besoins en puissance de calcul – et donc les coûts.

“La Chine n’est pas en retard”

En attendant, deux grilles de lecture continuent de s’affronter. La première estime que la panique provoquée par DeepSeek – qui avait fait chuter l’action Nvidia de 17% en une seule séance – était largement exagérée. Un an plus tard, les cartes n’ont pas été rebattues comme certains l’anticipaient. Les grands acteurs, majoritairement américains, restent en position de force. Les besoins en calcul, tant pour l’entraînement que pour l’inférence, demeurent immenses. Et les capitaux continuent d’affluer, même si les craintes d’une potentielle bulle ne se sont pas entièrement dissipées.

La seconde grille de lecture voit dans DeepSeek le symbole de la montée en puissance des modèles open source chinois, aussi illustrée par les start-up Minimax, Moonshot AI ou Zhipu. Non seulement ceux-ci ont supplanté leurs équivalents occidentaux, mais ils constituent aussi des alternatives crédibles aux modèles fermés des géants américains. “La Chine n’est pas en retard”, souligne Arthur Mensch, le patron de Mistral AI, interrogé par Bloomberg. Dans ce contexte, le récent assouplissement des restrictions d’exportation représente une “grave erreur”, avertit Dario Amodei, directeur général d’Anthropic.

Pour aller plus loin:
– “L’IA ? La plus grande bulle de tous les temps”
– Dans l’IA, des start-up prometteuses sont devenues des start-up zombies


| EN BREF |

Apple prépare déjà la succession de Tim Cook

John Ternus est l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Pourtant, il apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour succéder à Tim Cook à la tête du géant de Cupertino. Selon Bloomberg, le responsable de l’ingénierie matérielle, en charge de la conception des iPhone, Mac et autres produits, a vu ses responsabilités élargies fin 2025. Il supervise désormais l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme futur patron avant son départ à la retraite l’été dernier.

Depuis plusieurs mois, des rumeurs persistent autour d’un possible départ de Tim Cook, en poste depuis 2011, dès cette année. Fatigué, le dirigeant souhaiterait prendre du recul, affirment plusieurs médias américains. Il ne conserverait que la présidence du conseil d’administration, délaissant la gestion opérationnelle. Si Apple prépare déjà sa succession – très probablement en interne –, un passage de témoin à court terme reste toutefois peu probable. L’entreprise traverse en effet un moment charnière, alors qu’elle accuse du retard dans l’intelligence artificielle générative.


TikTok cède ses activités américaines pour éviter une interdiction

C’est la fin d’un interminable feuilleton. Six ans après les premières menaces d’interdiction aux États-Unis, les activités américaines de TikTok ont officiellement été cédées par ByteDance, la maison mère chinoise de la populaire application de courtes vidéos. Les repreneurs: un consortium d’investisseurs, essentiellement américains, réunis autour d’Oracle, qui aura la responsabilité de garantir la sécurité des données. Le prix de l’opération n’a pas été précisé. À l’automne, le vice-président américain JD Vance avait évoqué la somme de 14 milliards de dollars.

Concrètement, les nouveaux arrivants ont acquis 50% du capital d’une nouvelle coentreprise, rebaptisée TikTok USDS. Les actionnaires américains déjà présents dans ByteDance contrôlent 30%, tandis que le groupe chinois conserve, lui, 20%, le seuil maximal fixé par une loi votée en 2024 par le Congrès. Il garde également la main sur l’algorithme de recommandations, une condition non négociable imposée par Pékin que Washington a fini par accepter. Selon Bloomberg, ByteDance récupérera aussi un pourcentage du chiffre d’affaires, ainsi que 20% des bénéfices.


L’Europe enquête sur X après la diffusion d’images dénudées générées par IA

Déjà sanctionné d’une amende de 120 millions d’euros, X n’en a pas encore fini avec le Digital Services Act (DSA) européen. Bien au contraire. Lundi, la Commission a annoncé l’ouverture d’une nouvelle enquête contre l’ex-Twitter. Dans son viseur, cette fois: la diffusion d’images de femmes et de mineurs dénudés, générées à l’aide de Grok, l’outil d’intelligence artificielle générative proposé par le réseau social racheté par Elon Musk. Bruxelles cherche à déterminer si les garde-fous nécessaires avaient bien été mis en place. Le cas échéant, X s’expose à une nouvelle sanction.

Grok a toujours revendiqué l’absence de filtres, aussi bien pour les textes que pour les images. Le sujet est revenu sur le devant de la scène ces dernières semaines, alors que de nombreux utilisateurs de X demandaient au chatbot de déshabiller des femmes ou de les faire apparaître en bikini. Des clichés publiquement diffusés sur la plateforme. Face au tollé, l’entreprise a réagi en réservant la création d’images à ses utilisateurs payants, assurant que tout usage illicite serait sanctionné. Des enquêtes ont également été ouvertes par d’autres juridictions, notamment par l’État de Californie.


Snap retrouve des ambitions dans la réalité augmentée

Le succès des lunettes de Meta donne des idées à Snap. Mercredi, la maison mère de Snapchat a annoncé la création d’une filiale, Spec, dédiée aux Spectacles, ses lunettes de réalité augmentée, dont le lancement est attendu cette année. L’objectif affiché est d’offrir une plus grande autonomie opérationnelle à ses équipes, tout en créant une nouvelle marque distincte. Cette nouvelle structure pourrait également permettre d’attirer des investisseurs externes, afin de financer la recherche et le développement, à l’image de ce qu’a fait Google avec Waymo, sa filiale dédiée aux voitures autonomes.

Un soutien financier externe ne serait pas de trop pour Snap. Quinze ans après sa création, la société n’est toujours pas rentable: elle a perdu plus de 700 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2025. Ces dernières années, elle a ainsi été contrainte de réduire la voilure dans la réalité augmentée, un segment sur lequel elle investit depuis près de dix ans. Mais le contexte est en train de changer. D’une part, les avancées technologiques rapprochent l’entreprise d’un lancement commercial. D’autre part, le succès des Meta Ray-Ban semble démontrer qu’un marché existe.


| ET AUSSI |

>> Nvidia investit deux milliards de dollars supplémentaires dans CoreWeave

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Crédit photos: DeepSeek - Apple

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Par Jérôme Marin

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