Changement d'ère chez Apple, Google menacé en Europe, Amazon investit dans Anthropic

Et aussi: SpaceX va racheter Cursor – L'improbable pivot d'Allbird

Cafétech
6 min ⋅ 24/04/2026

Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée.

À noter: Cafétech fait une pause la semaine prochaine. Prochain édition: mardi 5 mai

Bonne lecture et bon week-end.


| GRAND ANGLE |

John Ternus succède à Tim Cook à la tête d’Apple

John Ternus est l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Pourtant, il sera bien le prochain directeur général. Lundi, après plusieurs mois de rumeurs, le groupe à la pomme a officialisé sa nomination à ce poste. Il remplacera ainsi Tim Cook, aux commandes depuis 2011, qui deviendra président exécutif du conseil d’administration. La passation de pouvoir sera effective le 1er septembre. Elle interviendra à un moment charnière: en retard dans l’intelligence artificielle générative, Apple doit prouver sa capacité à rester dans la course.

Arrivé à Cupertino en 2001, John Ternus est aujourd’hui responsable de l’ingénierie matérielle, chargé de la conception des iPhone, Mac et autres produits de la marque. Selon Bloomberg, il a vu ses responsabilités élargies fin 2025. Il supervise désormais l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme futur patron avant son départ à la retraite l’été dernier. John Ternus s’était depuis imposé comme le favori pour succéder à Tim Cook.

Manque d’innovation ?

Recruté en 1998 par Steve Jobs, tout juste revenu aux commandes d’Apple, Tim Cook n’est pas un profil technique. Ancien cadre d’IBM, il est avant tout un opérationnel. Il a notamment réorganisé la chaîne logistique en Chine, permettant de produire des dizaines, puis des centaines de millions d’appareils par an. Nommé à la tête des opérations en 2007, il a ensuite assuré à plusieurs reprises l’intérim en tant que directeur général, avant de prendre définitivement le poste à l’été 2011, succédant au fondateur du groupe, alors gravement malade et qui décédera deux mois plus tard.

Depuis quinze ans, le mandat de Tim Cook s’inscrit à l’ombre de Steve Jobs. Ses détracteurs lui reprochent un manque de vision, symbolisé par l’absence d’innovation dans les produits. Son pari le plus audacieux, le Vision Pro, a été un échec commercial. Avant cela, Apple avait aussi abandonné son projet de voiture électrique autonome. Mais le dirigeant a su maintenir la formidable croissance du groupe, notamment grâce à une offensive dans les services. Depuis 2011, le chiffre d’affaires et les profits ont été multipliés par quatre, tandis que la capitalisation boursière a été décuplée.

Le bilan de Tim Cook pourrait se jouer au cours des prochains mois. Parti en retard dans l’IA, l’entreprise a dû repousser le lancement du nouveau Siri, présenté en grande pompe en juin 2024. Début janvier, elle a officialisé un partenariat avec Google pour utiliser une version personnalisée de Gemini, le modèle d’IA conçu par le moteur de recherche. Si elle constitue un aveu d’échec, cette décision est aussi pragmatique: elle permet à Apple d’avancer en attendant de pouvoir développer ses propres modèles en interne. Encore retardée, la refonte de Siri est attendue cette année.

Penser à l’après-smartphone

John Ternus présente un profil totalement différent de Tim Cook. Ingénieur de formation, il a gravi tous les échelons au sein des équipes d’ingénierie matérielle. En 2020, il prend les commandes de la conception de l’iPhone, puis, l’année suivante, de l’ensemble du portefeuille de la marque. Moins médiatique que d’autres dirigeants, il occupait de plus en plus de place lors des keynotes d’Apple – en septembre, il avait, par exemple, présenté le nouvel iPhone Air. En lui confiant également la responsabilité du design, Tim Cook l'avait placé encore davantage au centre du jeu.

S’il figurait en pole position, John Ternus n’était pas le seul en lice. Les médiatiques Craig Federighi, responsable de l’ingénierie logicielle, et Eddy Cue, patron des services, faisaient aussi partie des candidats crédibles. Tout comme Greg Joswiak, qui supervise le marketing, et Deirdre O’Brien, à la tête des Apple Store. Selon Bloomberg, c’est toutefois le directeur des opérations Sabih Khan qui incarnait l’alternative la plus sérieuse. Pur produit maison, il a été nommé à ce poste l’été dernier. Une fonction qu’avaient occupée avant lui Tim Cook puis Jeff Williams.

Apple ne devait pas seulement trancher entre deux profils s’inscrivant dans une forme de continuité, mais aussi entre deux orientations stratégiques. D’un côté, une logique de croissance opérationnelle, incarnée par Sabih Khan, dans le sillage de Tim Cook. De l’autre, une orientation davantage tournée vers l’innovation technologique, portée par John Ternus. Le choix de l’entreprise a sans doute été guidé par la prochaine révolution qu’elle devra bientôt affronter: celle des terminaux eux-mêmes. Plusieurs acteurs, dont OpenAI, qui a recruté Jony Ive, travaillent déjà sur l’après-smartphone.

Pour aller plus loin:
– Pour lancer le nouveau Siri, Apple se tourne vers l’IA de Google
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées


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| EN BREF |

L’Europe veut contraindre Google à partager ses données de recherche avec ses rivaux... et ChatGPT

Bruxelles multiplie les pistes pour insuffler de la concurrence dans la recherche en ligne. La semaine dernière, la Commission européenne a indiqué vouloir contraindre Google à partager ses données de recherche avec des moteurs tiers, mais aussi avec les services d’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT. Les modalités précises de cette mesure sont désormais soumises à une consultation publique. Une décision définitive sera prise d’ici la fin du mois de juillet. Google, qui dénonce un “abus de pouvoir”, devrait vraisemblablement faire appel devant la justice européenne.

L’initiative de Bruxelles s’inscrit dans le cadre du Digital Markets Act, une réglementation entrée en vigueur il y a deux ans visant à renforcer la compétition dans le numérique. Depuis, plusieurs actions ont été engagées contre Google, accusé de ne pas avoir mis en œuvre des changements suffisants pour se mettre en conformité. La question des données de recherche fait, elle, l’objet d’une procédure technique dite de “spécification”, qui ne donne pas lieu à une amende mais permet d’imposer des mesures correctives en l’absence de résolution à l’amiable.


Pourquoi Amazon va investir jusqu’à 25 milliards de dollars dans Anthropic

Voilà un an et demi qu’Amazon n’avait plus investi dans Anthropic. Mardi, le géant du commerce en ligne a mis fin à cette parenthèse, promettant d’injecter jusqu’à 25 milliards de dollars supplémentaires dans le spécialiste de l’intelligence artificielle générative. Sur cette enveloppe, cinq milliards ont déjà été versés. Le solde sera débloqué progressivement “en fonction d’objectifs commerciaux”: son partenaire s’est engagé à dépenser plus de 100 milliards de dollars sur dix ans pour lui acheter de la puissance de calcul dans le cloud afin d’entraîner et faire tourner ses modèles.

Pour Anthropic, l’intérêt de cette nouvelle levée de fonds, après celle de 30 milliards de dollars conclue en février, n’est pas tant financier que stratégique. L’objectif est avant tout d’accroître significativement ses capacités afin de répondre à la hausse spectaculaire de la demande pour ses produits, notamment son outil de programmation Claude Code. Ces dernières semaines, la start-up a en effet dû imposer de nouvelles restrictions sur l’usage de ses modèles, y compris pour les abonnés payants. Début avril, elle avait déjà officialisé un accord commercial avec Google.


Pour accélérer dans l’IA, SpaceX pose une option d’achat sur Cursor

Depuis sa fusion avec xAI, SpaceX n’est plus seulement spécialisée dans les lanceurs et les satellites. L’entreprise d’Elon Musk se positionne aussi comme un acteur de l’intelligence artificielle générative. À ce titre, elle a officialisé mardi un partenariat pour le moins atypique avec Cursor, une start-up qui conçoit des outils de génération de code. Les deux entreprises ne se contenteront pas de “créer ensemble les meilleurs outils de programmation”. L’accord prévoit également une option d’achat, fixée à 60 milliards de dollars, que SpaceX pourra activer d’ici la fin de l’année.

Cette structure semble avoir été privilégiée pour ne pas perturber le processus d’introduction en Bourse de SpaceX, lancé début avril de manière confidentielle. L’opération, attendue en juin, pourrait devenir la plus importante de l’histoire, avec une capitalisation évoquée de 1.750 milliards de dollars et une levée de fonds annoncée de 75 milliards. Une acquisition immédiate de Cursor aurait en effet contraint l’entreprise à modifier son prospectus d’introduction. Pour compenser ce délai, elle s’est engagée à verser 10 milliards à la start-up si le rachat ne se concrétise pas.


L’improbable pivot vers l’IA de la marque de chaussures Allbirds

Si les historiens sont un jour amenés à se pencher sur l’éclatement de la bulle autour de l’intelligence artificielle générative, ils verront peut-être dans Allbirds l’un des symboles les plus frappants de l’euphorie irrationnelle qui s’était alors emparée des marchés financiers. La semaine dernière, la marque de chaussures écoresponsables a vu son action s’envoler de plus de 800 % – avant de reperdre une partie de ces gains – après avoir annoncé une reconversion aussi soudaine qu’inattendue: devenir une plateforme de cloud dédiée à l’entraînement et à l’inférence de modèles d’IA.

Le pivot d’Allbirds n’est pas le premier, mais il est de très loin le plus spectaculaire. Avant elle, d’autres entreprises ont bien annoncé un virage vers l’IA, ajoutant parfois “AI” à leur nom, dans l’espoir de doper un cours boursier à la dérive. Ces annonces relevaient toutefois davantage d’une promesse d’évolution de l’activité que d’un changement radical. De même, plusieurs sociétés initialement spécialisées dans le minage de cryptomonnaies ont bifurqué vers l’IA – à l’image de CoreWeave, devenu l’un des principaux néo-clouds. Mais les deux activités sont assez proches.


| ET AUSSI |

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Crédit photos: Apple - Unsplash / Shutter Speed 

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Par Jérôme Marin

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